Les services de presse constituent un outil incontournable de la promotion des livres. Pourtant, ces exemplaires envoyés gratuitement aux journalistes, libraires, influenceurs et autres prescripteurs représentent un poste de dépenses conséquent pour les maisons d'édition, sans pour autant générer de revenus immédiats.
Geoffrey Le Guilcher, cofondateur des éditions de la Goutte d’or, au rythme de trois parutions annuelles, estime un investissement « pouvant varier de 5 000 à 7 000 euros, suivant les titres ». Pour cette mission notamment, il fait appel à l’agence de presse Les Ardentes, d’Inès Bahans et Lucie Fournier. Il poursuit : « Cela représente un coût. D’ailleurs, je ne compte pas le temps que toute notre équipe y passe, ainsi que les salaires. Si je venais à essayer de les inclure dans ce total, on pourrait atteindre la fourchette haute de 10 000 euros. »
Ce constat est partagé aux éditions Pictavia et aux Humanoïdes associés, dans le secteur de la BD. Antoine Beauclair, responsable commercial, explique : « Les envois de SP, au doigt mouillé, se comptent par plusieurs centaines par an et par maison. Les épreuves, entre 100 et 200 pour trois à quatre titres à fort enjeu, représentent aussi un coût très important. » Il met en avant « un investissement entre 15 000 et 20 000 euros car, même si les prix varient beaucoup, en fonction du format, de l’enveloppe, etc., l’envoi postal nous coûte au bas mot une dizaine d’euros ».
« Une bonne visibilité budgétaire pour les campagnes de diffusion presse »
La Poste, avec Frequenceo, son offre forfaitisée d’affranchissement de courriers, fait en effet partie des intermédiaires engagés par les éditeurs. Ce service, « spécifiquement adapté à l’envoi de SP, d’épreuves comme d’ouvrages finalisés », comme le fait valoir le groupe, repose sur des tarifs unitaires variant entre 5,2 et 7,95 euros hors taxes (HT), selon le poids. De possibles options peuvent être ajoutées, comme la remise contre signature à 1,55 euro HT ou des garanties complémentaires, entre 1,05 et 2,65 euros HT.
Toutefois, « Frequenceo fonctionne sur une base contractuelle globale », comme le rappelle La Poste, et non sur des dépenses unitaires. « Les conditions sont ajustées aux volumes et un minimum de facturation mensuel est appliqué aux utilisateurs professionnels ». L’entreprise défend donc son offre : « Nous donnons une bonne visibilité budgétaire pour les campagnes de diffusion presse, avec une distribution en deux jours en moyenne. »
La maison d’édition associative Tendance négative, créée en 2015, s’appuie ainsi sur les services de La Poste pour les envois de SP. Marine Boutroue, l’une des six membres de l’équipe, évoque une dépense « de 3,5 à 5 euros pour un volume, en fonction de son poids et de sa forme ». Les éditions de l’Observatoire, à Paris, le font aussi, mais « seulement pour la province », fait savoir Amandine Dumas, responsable presse non-fiction. Pour la capitale, elles font appel, comme beaucoup d’autres, aux Messageries Le Dissez.
Des centaines de milliers d’envois tous les ans
Cette société, spécialisée notamment dans le transport et la mise sous plis de SP, basée à Montrouge, revendique 1,8 million d’envois par an. Commercial au sein de cette structure, Damien Brevet évoque « un prix de 2 euros par volume livré, s’il est déjà mis sous plis, sinon 2,90 euros, en région Île-de-France, soit 65 % de nos envois ». Les Messageries Le Dissez proposent « un tarif non dégressif », mais l’intéressé met en avant « une tranche de poids assez large, allant de 250 grammes à deux kilos », censée permettre aux éditeurs de s’y retrouver.
Sur ce segment de l’envoi de SP, entre aussi dans la concurrence la société Adar Services. Son dirigeant, Simon Lucas, ambitionne plus de 600 000 envois en cette année 2026, contre environ 500 000 en 2025. « Pour les envois à Paris, on fait payer autour de 2 euros », fait-il savoir, s’établissant ainsi au niveau des Messageries Le Dissez. Le responsable revendique des collaborations avec 80 à 90 éditeurs, dont Gallimard, « le premier client d’Adar Services ».
Si les logisticiens se montrent assez transparents, les éditeurs ne sont pas tous en mesure de quantifier le coût des SP. « Nous n’avons pas de comptes séparés pour en estimer le montant », indique Pascale Iltis, directrice du service de presse à La Découverte. Valérie Borgese (Séguier) lâche : « C’est un poste budgétaire très important mais je ne sais pas dire son coût annuel. » Pour finir, même si elle ne donne pas de chiffre précis, Hélène Werlé (Dargaud) déplore des frais d’envoi « de plus en plus chers ».
