Les jurés du prix Méduse, réunis le 23 juillet 2026, ont révélé la sélection de leurs trois romans finalistes, en vue d’une remise de leur distinction le 17 septembre. Les titres retenus, C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien (Grasset), Abdallah superstar d’Iman Ahmed (Actes Sud) et Les Fils du Kapokier de Jean-Philippe Louis (Gallimard), paraîtront respectivement les 19, 26 et 27 août. Par conséquent, la dizaine de membres du jury permanent présidé par David Frèche a dû recourir à la réception d’épreuves et/ou de services de presse (SP).
Ces derniers, à savoir l’ensemble des volumes adressés gratuitement à des prescripteurs à des fins de promotion, s’ouvrent ainsi à un quatrième type de destinataire, en plus des journalistes, influenceurs et libraires : les jurés des prix littéraires. Au-delà des très célèbres Goncourt, Renaudot, Femina et Médicis, ces distinctions, souvent estimées au nombre de 2 000 en France, sont considérées par les éditeurs comme des outils de promotion difficilement contournables et entrent donc dans les campagnes d’envois de SP.
Par exemple, les éditions Seghers, mises à l’honneur début mai 2026 par l’obtention du Goncourt de la Poésie Robert-Sabatier par leur auteur René Depestre (Rage de vivre), ne manquent pas de s’appuyer sur ce type de relais promotionnel. Ainsi, Valérie Guiter, collaboratrice de la maison comme attachée de presse, évoquait, fin mai, « des envois importants, à ce moment de l’année, en vue de la rentrée littéraire ». La professionnelle estime adresser, pour le compte de Seghers, « environ 60 services de presse aux membres de différents jurys ».
« La question de la pertinence avant celle du coût »
Alexandra Calmès, en charge de la presse et de la communication aux éditions Héloïse d’Ormesson, n’oublie pas, elle non plus, les jurys des prix dans ses campagnes de SP. « J’adresse des volumes aux jurys de peut-être 40 distinctions, estime la professionnelle. On participe à un certain nombre de prix annuellement afin d’essayer de donner leurs chances à tous les livres de notre programmation. » La stratégie semble payante, comme le montre l’obtention, début mai, du prix de la Closerie des Lilas par Vanessa Caffin (Le Corset).
Elle dit se poser « la question de la pertinence avant celle du coût ». Car voici la difficulté principale liée à l’envoi de SP aux jurés. Il n’existe pas de certitude de retour sur investissement et le seul fait de figurer sur une liste de finalistes ne suffit pas pour augmenter significativement le nombre de ventes d’un ouvrage. Les chargés de presse des maisons d’édition se retrouvent ainsi souvent face à un dilemme, entre la possible promotion de l’obtention d’un prix et le coût réel de l’envoi de volumes à des dizaines de jurés.
Ainsi, aux éditions de l’Observatoire, par la voix d’Amandine Dumas, responsable presse non-fiction, on reconnaît la difficulté de cette question : « On peut recommander facilement 20 ou 30 exemplaires s’ils sont nécessaires pour participer à un prix littéraire qui nous intéresse. Mais ça nous est forcément déjà arrivé de ne pas prendre part à l'un d’entre eux à cause de ce sujet des SP à envoyer. Nous sommes tenus d’être responsables d’un point de vue économique. »
Le pari d’empocher le prix
Dans le milieu de la bande dessinée, le problème se pose de la même manière. « Même si ça nous arrive quand même très rarement, on a pu refuser de participer à des prix à cause du coût, reconnaît ainsi Antoine Beauclair, responsable commercial des éditions Pictavia et des Humanoïdes associés. On peut faire face à des cas de conscience, par exemple si une distinction nous sollicite et que l’on sait que cela ne va pas changer grand-chose à la vie économique du titre… Le simple fait d’être sélectionné ne change rien aux ventes. »
Il appuie son propos : « Envoyer des volumes à tous les jurés d’un prix, parfois au nombre de 15, représente un coût conséquent. Dans l’enveloppe financière globale des envois de SP, ceux à destination des prix en tous genres occupent une place importante. Nous considérons cela comme un investissement à proprement parler. » Cette stratégie économique et promotionnelle repose sur le pari d’empocher le prix car, comme le conclut Antoine Beauclair, « seul le fait d’être lauréat fait, parfois, un peu bouger les lignes en matière de ventes ».
