Avec « MàJ », la collection qu'elles lancent conjointement, les Éditions Sciences Humaines et Philosophie magazine veulent s’attaquer aux incompréhensions qui traversent les générations. La collection entend mettre en lumière ces sujets qui peuvent cristalliser les tensions entre jeunes et moins jeunes, des pratiques culturelles aux usages numériques, en passant par l’engagement politique, le travail ou encore les choix intimes.
Pour les aborder, les éditrices Julie Davidoux et Agathe Guillot misent sur des textes courts, documentés et incarnés, confiés à des jeunes auteurs et autrices. Le premier titre, Je suis de la génération terrible. Les mangas, et si on en parlait de Gatsu Sensei, paraîtra le 16 octobre.
Ce qui « fait friction entre les générations »
L’idée de cette « MàJ » est née d’une discussion autour de la collection « Expliqué à mes petits-enfants » du Seuil. « On s’est demandé ce que cela donnerait si on prenait le pendant de cette collection », explique Julie Davidoux. Plutôt que de demander aux générations plus âgées de transmettre leurs connaissances aux plus jeunes, « MàJ » part des pratiques et des questionnements des nouvelles générations pour ouvrir un dialogue avec leurs aînés.
La collection s’intéresse ainsi à ce qui « fait friction entre les générations », sans chercher à opposer les unes aux autres. « On avait envie d’ouvrir un dialogue et pas de donner un coup de poing. La collection n’est pas militante mais engagée », précise l’éditrice. Le nom MàJ, pour « Mise à Jour », renvoie à cette volonté de mettre à jour les représentations, de donner des clés aux anciens pour comprendre les transformations du monde contemporain et donner des outils aux jeunes pour l’expliquer aux anciens.
Pour porter ces sujets, les éditrices souhaitent privilégier de jeunes voix capables de mêler expertise et expérience personnelle. Journalistes, essayistes ou spécialistes de leur domaine pourront ainsi rejoindre la collection, sans nécessairement être des universitaires déjà identifiés du grand public, en incarnant leur propre réalité et en ouvrant un nouveau dialogue.
Un premier ouvrage sur les mangas
Le premier ouvrage, Je suis de la génération terrible. Les mangas, et si on en parlait, de Gatsu Sensei, ouvre le bal. Professeur de philosophie et médiateur autour du manga, l’auteur revient sur son propre rapport à cette culture, sur la place qu’elle a occupée dans sa vie et plus généralement sur celle qu’elle occupe dans la construction de l’imaginaire d’une génération.
Le manga constitue pour les éditrices une première porte d’entrée particulièrement révélatrice des tensions générationnelles. Longtemps considéré comme une sous-culture, il continue de susciter des incompréhensions alors même que sa place dans les pratiques culturelles ne cesse de s’affirmer. « Il a été question de retirer les mangas du pass culture alors qu’aujourd’hui, le manga représente une grosse partie des lectures des adolescents », affirme Julie Davidoux. Gatsu Sensei interroge ainsi les représentations qui entourent le manga et les raisons pour lesquelles cette pratique culturelle peut encore faire débat, notamment à l’école ou dans la sphère politique.
Les prochains titres prolongeront cette démarche autour de thématiques variées. Simon Brunfaut s’intéressera ainsi à l’intergénérationnel dans Ce boomer que je ne veux pas devenir, tandis qu’Adèle Cailleteau consacrera un ouvrage aux influenceurs avec Enjoy Phoenix est mon amie. D’autres sujets, autour des pratiques numériques, de l’engagement politique, du travail ou encore des choix intimes, sont appelés à rejoindre la collection.
Chaque ouvrage doit partir d’un sujet susceptible de provoquer des incompréhensions, mais aussi d’une personnalité capable de l’incarner. « On cherche des auteurs qui amènent des sujets », explique l'éditrice. Le récit personnel doit permettre de rendre ces questions concrètes et d’offrir un point de départ à la discussion.
Des livres à « mettre sur la table »
Pour accompagner cette ambition, « MàJ » mise sur un format volontairement court. Les ouvrages feront 100 pages maximum, dans un format très petit, avec un prix situé sous celui du livre de poche, moins de 10 euros. Un choix qui répond autant à la volonté de rendre les textes accessibles qu’à celle d’expérimenter de nouvelles formes éditoriales.
« C’est une boîte à outils qui donne des clés », résume Julie Davidoux. La collection vise un lectorat large, les générations plus âgées désireuses de comprendre les pratiques de leurs enfants ou petits-enfants, mais aussi les jeunes lecteurs eux-mêmes, les enseignants ou encore les acteurs du monde social. L’objectif est notamment de permettre de trouver les mots pour aborder certains sujets et d’en discuter avec son entourage.
Les éditrices veulent des livres qui puissent être lus rapidement, mais surtout partagés. « L’idée, c’est d’avoir un livre dans la poche, accessible, pas cher, qu’on puisse sortir sur la table du repas de Noël pour ouvrir la discussion », expliquent-elles.
Pour les Éditions Sciences Humaines et Philosophie magazine, MàJ constitue ainsi une expérimentation au sein d’une ligne éditoriale de non-fiction tournée vers les questions de société et la diffusion des idées. Alors que les pratiques de lecture évoluent et que le nombre de lecteurs diminue, la maison réfléchit à des « stratégies qui encouragent la lecture » sans renoncer à l’exigence éditoriale. Trois à quatre titres par an sont prévus.
