Nommée en juin à la tête des documents du Seuil, après avoir rejoint la maison en octobre dernier, Jeanne Morosoff lance « Première Heure ». Cette nouvelle collection, qui s’ouvrira en octobre, entend mettre en avant des textes contemporains consacrés aux transformations de la société et aux enjeux émergents, avec l’ambition de « décrypter le présent, imaginer les futurs possibles et donner une visibilité particulière à une production d’essais de format grand public, accessibles mais solidement étayés par la recherche. »
« L’idée de cette collection est de proposer des essais très contemporains qui prennent la mesure de notre temps. Nous sommes très au fait des sujets émergents, qui préoccupent la jeunesse, les citoyens, explique Jeanne Morosoff. Les auteurs peuvent eux-mêmes être chercheurs, mais la collection entend aussi accueillir des personnalités capables de traduire et de mettre en circulation des travaux scientifiques qui ne sont pas nécessairement les leurs.
Une première salve portée par de jeunes autrices
La collection proposera six titres par an et sera inaugurée avec quatre ouvrages, dont le premier, Nos corps politiques, d’Amélie Cadier-Loriaux, paraîtra le 9 octobre. Médecin radiologue et doctorante en philosophie de la santé, la primo-autrice s’appuie sur cette double expérience pour interroger la manière dont les décisions politiques s’inscrivent concrètement dans les corps. L’ouvrage critique notamment la tendance à faire peser sur les individus une responsabilité excessive à l’égard de leur santé, alors qu’une grande partie de celle-ci dépend de facteurs environnementaux et sociaux.
Le livre sera tiré à 6 000 exemplaires, un ordre de grandeur qui devrait constituer une moyenne pour les ouvrages de la collection, même si les tirages pourront varier selon les projets. Les prochains ouvrages, dont les titres n’ont pas encore été arrêtés, paraîtront au premier semestre 2027.
Parmi les autres autrices annoncées figure Léane Alestra, 28 ans, qui publiera son troisième essai. Cofondatrice du média Problématik, elle avait déjà été publiée par Jeanne Morosoff chez Lattès, notamment avec Les hommes hétéros le sont-ils vraiment ? en 2023. Son nouveau livre s’intéresse à la notion de sécurité et au paradoxe de politiques publiques qui, au nom de la lutte contre l’insécurité, peuvent contribuer à produire les conditions mêmes de celle-ci.
Collections peu nombreuses
Autre primo-autrice, la journaliste culturelle Copélia Mainardi s’empare d’un sujet plus intime avec Que faire de nos ex ?. Prévu autour de la Saint-Valentin, le livre explore l’« impensé » entourant les anciens partenaires amoureux, les liens qui subsistent après une rupture et la difficulté à nommer la relation à un ex.
Enfin, Alice de Rochechouart poursuivra avec « Première Heure » la réflexion engagée dans son précédent essai, Privilèges. Ce qu’il reste à abolir, publié chez Lattès en 2025. La philosophe y interrogera l’aliénation produite par le capitalisme et cherchera notamment à comprendre les mécanismes qui peuvent conduire les individus à adhérer politiquement à des choix contraires à leurs propres intérêts.
« Première Heure » ne constitue pas un recentrage exclusif de la stratégie documentaire du Seuil. La maison continuera à publier des documents hors collection, tandis que les collaborations avec les sciences humaines et sociales restent importantes. « On fait beaucoup de one-shots », rappelle Jeanne Morosoff, dans un secteur où les collections sont relativement peu nombreuses, contrairement au catalogue de SHS.
Jeanne Morosoff pour incarner les documents
