En 2025, les principaux marchés du livre ont marqué le pas. En France, les ventes ont reculé de 1,5 % en volume selon le dernier rapport d'activité du Syndicat national de l'édition. Au Royaume-Uni, le marché suivi par Nielsen s’est légèrement contracté de 0,5 %. Hachette a pourtant progressé dans les deux pays, avec un chiffre d’affaires en hausse de 2 % en France et de 3 % au Royaume-Uni. Aux États-Unis, le secteur a bénéficié d’une meilleure dynamique, avec une croissance de 2,5 % selon l’Association of American Publishers (AAP). Hachette a fait légèrement mieux à périmètre comparable, avec une progression de 3 %. En données publiées, son chiffre d’affaires a bondi de 11 %, principalement grâce à l’intégration de Sterling Publishing, racheté à Barnes & Noble à la fin de 2024.
Le premier semestre 2026 brouille le tableau
Depuis janvier, l’avantage d’Hachette apparaît moins uniforme. En France, d'abord, l'écart se creuse même : le marché plonge de 5 %, quand Hachette ne recule que de 1,6 %. Au Royaume-Uni ensuite, c'est Hachette qui recule à son tour (-1,2 %), en raison d'un effet de base après le carton de la saga de Rebecca Yarros, Onyx Storm, en 2025. Enfin, aux États-Unis, le paradoxe s'inverse complètement : le marché progresse de 3,9 %, alors qu'Hachette n'augmente que de 1,3 %.
Un catalogue conçu pour limiter la dépendance à un seul succès
Une écurie d'auteurs à succès garantit, presque chaque semestre, un carton commercial. En France, Guillaume Musso et Pierre Lemaitre (Calmann-Lévy) trustent les classements. Au Royaume-Uni, Freida McFadden et l'adaptation au cinéma de Hamnet de Maggie O'Farrell maintiennent la dynamique, sans retrouver toutefois le niveau du carton Onyx Storm de Rebecca Yarros en 2025. Aux États-Unis, James Patterson (associé à Viola Davis) et Abby Jimenez portent un programme de nouveautés jugé « dynamique » par les dirigeants.
La diversification comme relais de croissance
Parallèlement, les activités éloignées du livre traditionnel occupent une place croissante. Outre-Atlantique, jeux de société et papeterie haut de gamme représentent 19 % du chiffre d'affaires édition. Une orientation revendiquée par le patron du groupe, David Shelley, qui évoque la volonté de « renforcer notre engagement dans les espaces d'édition adjacents, notamment la papeterie et les cadeaux ». En France, le schéma se répète : au premier semestre 2026, les jeux de société progressent de 9 % et les fascicules de 6,5 %, tandis que Le Livre de Poche et les collections illustrées remplissent un rôle comparable.
La performance de Lagardère Publishing ne peut donc plus être lue uniquement à travers l’évolution des ventes de livres. Une part croissante de son activité provient désormais de produits complémentaires, moins directement dépendants de l'évolution du marché.
Une part de marché en partie achetée
Une partie des gains de part de marché provient aussi des opérations de croissance externe : Sterling Publishing, maison mère d'Union Square & Co., puis 999 Games, leader néerlandais de la distribution de jeux de société. Ces acquisitions ajoutent mécaniquement du chiffre d'affaires. Une bonne partie de la croissance américaine (+ 11 % en 2025) provient des acquisitions réalisées par le groupe. Résultat : Hachette est repassé 3ᵉ éditeur américain, devant Simon & Schuster. Un rang que le groupe tricolore avait perdu depuis 2012.
Ce mouvement de concentration s'auto-alimente. Dans un marché en recul, les éditeurs indépendants souffrent davantage de la hausse des coûts. Les géants de l'édition absorbent cette faiblesse de deux façons : en rachetant directement ces maisons fragilisées ou en prenant en charge leur distribution. Dans ce second cas, ils touchent une commission sur leurs ventes, un revenu qui s'ajoute à leurs comptes sans qu'ils aient vendu un seul livre de plus de leur propre catalogue.
L’édition soutient aussi le titre en Bourse
L’action Louis Hachette Group se porte bien. Depuis sa première cotation en décembre 2024, réalisée sur la base d’un cours de référence de 1,12 euro lors de la scission de Vivendi, le titre a progressé de plus de 55 % et évolue désormais autour de 1,74 euro. Depuis le 1er janvier 2026, il gagne encore environ 11,6 %, tandis que le CAC 40 recule sur la même période.
Cette progression ne peut pas être attribuée à la seule édition. Les investisseurs intègrent également une possible réduction de la décote de holding et d’éventuelles opérations de simplification de la structure, comme une cession possible du Travel Retail. Les analystes qui suivent le dossier citent néanmoins la bonne tenue de l’édition parmi les moteurs de la valorisation. Leur raisonnement rejoint les ressorts observés dans les résultats : un catalogue capable de produire régulièrement des locomotives, une diversification qui élargit la base de revenus et une politique d’acquisitions qui renforce la croissance publiée.
Un bilan, sans triomphalisme
En 2025, la mécanique d’Hachette a fonctionné dans ses trois principaux marchés : France, Royaume-Uni et États-Unis. Le groupe s’est appuyé sur un réservoir d’auteurs porteurs, la diversification de ses produits, des acquisitions ciblées et sa puissance de distribution. Le premier semestre 2026 rappelle toutefois que cette avance n’a rien d’automatique. Hachette continue de mieux résister en France. Au Royaume-Uni, sa dynamique est pénalisée par la comparaison avec un best-seller exceptionnel. Aux États-Unis, sa croissance est désormais inférieure à celle du marché. La mécanique reste donc solide, mais elle ne produit plus partout le même avantage. Le chiffre d’affaires du troisième trimestre, publié le 15 octobre prochain, dira si cet essoufflement est passager ou s’il marque un véritable retournement de tendance.
