Le groupe Actes Sud franchit un nouveau pas dans sa diversification. Selon nos informations, la maison arlésienne va annoncer le rachat intégral de Minus Éditions, société lilloise spécialisée dans les jeux de cartes et les livres à compléter à plusieurs. Le montant de la transaction n'a pas été communiqué.
Des livres à remplir et des jeux de cartes
Fondée en 2012 par Alexandra Butruille et Julie Verley, rejointes depuis par Amélie Boïs en tant qu'associée, Minus s'est bâtie sur un positionnement singulier : des livres et des jeux destinés à « faire du lien », en particulier entre générations — parents et enfants, grands-parents et petits-enfants —, mais aussi au sein d'un couple ou entre amis.
Deux gammes structurent le catalogue : des livres à remplir à deux, à l'image de Tel père, telle fille, déclinable selon toutes les configurations familiales, et des jeux de cartes conçus pour susciter la discussion sur les goûts, les valeurs ou les envies.
Le catalogue compte aujourd'hui plus de 100 références, pour plus de 200 000 produits vendus chaque année en France, en Suisse et en Belgique, avec des déclinaisons en anglais, en allemand et en néerlandais.
La société maîtrise en interne la conception, la création graphique et le studio de design, avec une fabrication en circuit court, en France et en Belgique, en partenariat avec un établissement et service d'aide par le travail (ESAT), sur des papiers issus de forêts durablement gérées. Sa distribution reste très majoritairement assurée par un réseau d'environ 1 250 concept stores indépendants, la librairie ne représentant qu'une part marginale de ses débouchés.
Un produit à marge plus grande pour les libraires
C'est cette dernière caractéristique qui a nourri l'intérêt d'Actes Sud. « On publie des livres qui font circuler les idées, elles produisent des livres et des jeux qui font discuter », affirme-t-on à Livres Hebdo dans l’entourage de la direction d’Actes Sud.
Le groupe arlésien, essentiellement présent en librairie, doit permettre à Minus d'y gagner en visibilité, tandis que Minus pourrait offrir aux librairies, en quête de propositions différenciantes et pourvoyeuses de marge, un relais de chiffre d'affaires sur des produits mieux margés que le livre.
Un argument qui résonne alors que plusieurs libraires ont défendu, ces dernières semaines, la nécessité de diversifier leur offre.
Minus, qui partage les mêmes « ambitions d’indépendance » qu'Actes Sud, devrait conserver son autonomie de gestion et son plan de développement propre.
Un marché du jeu à 1,17 milliard d'euros
Le groupe arlésien entend lui apporter des synergies principalement en fabrication, à l'export, en communication et en conception de produits, avec, à terme, un croisement d'univers envisageable avec ses maisons jeunesse.
L'opération intervient alors que le marché du jeu confirme sa dynamique. Les ventes de jeux de société « purs », hors cartes à collectionner type Pokémon et hors puzzles, ont atteint 624 millions d'euros en 2025, en hausse de 3,9 % sur un an, selon le panéliste Circana. « Si l'on rajoute les cartes à collectionner, qui ont généré 393 millions d'euros de ventes, en croissance de 78 %, le chiffre d'affaires global du jeu a avoisiné 1,17 milliard d'euros » en 2025, avait précisé Cynthia Reberac, commissaire générale, lors du dernier Festival international des jeux (FIJ) en début d’année, citée par le magazine LSA.
