Lire aussi : Guillaume Husson (SLF) : « La diversification regroupe les moyens qu'on se donne pour rester libraire »
Rosa Tariverdova, gérante de la Librairie à soi·e, à Lyon
Rosa Tariverdova, gérante de la Librairie à soi·e, à Lyon- Photo DRPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
« J'avais déjà l'idée d'un espace de coworking quand j'ai repris la librairie. Une mezzanine s'y prêtait bien. Trop grande pour mon bureau personnel, trop petite pour y tenir des book clubs (on est dix, alors que l'espace ne peut contenir que quatre personnes !), et pas adaptée à un espace de vente qui suppose une surveillance. Une librairie se prête au coworking car c'est un environnement à la fois calme et stimulant. La mezzanine offre une vue plongeante sur la librairie, avec une verrière. Sauf qu'aujourd'hui, ce genre d'espace ne marche plus très bien. Nous n'avons plus d'abonnés mensuels, seulement de l'occasionnel. Je réfléchis donc à trouver une nouvelle utilité à cet espace. Heureusement, la librairie n'a pas besoin de cette activité pour être viable. C'est un bonus pour payer le loyer, alléger mes charges.
Comme d'autres librairies, on propose un peu de papeterie, que je vais développer cette année. L'avantage, c'est que les marges sont plus intéressantes que pour le livre. L'inconvénient, c'est l'achat ferme : contrairement aux livres que l'on peut retourner au fournisseur, il y a un risque avec la papeterie de se retrouver avec des invendus qui jaunissent ou s'abîment avec le temps.
Je manque encore de temps pour étudier la papeterie qui va se vendre. Dans l'état actuel, le rayon marche bien. Carnets de notes, carterie, quelques jeux féministes et antifascistes, des puzzles, badges, stickers, affiches… On travaille beaucoup avec les artistes locaux, toujours avec cette couleur féministe et queer. C'est aussi une manière de nous démarquer des autres librairies.
Ce qu'il faut inclure également dans la diversification, c'est l'événementiel. L'accès au book club, aux lectures-spectacles, aux cercles de parole est payant. Selon différents modèles : prix libre, ou trois tarifs selon les moyens de chacun… Je tiens à ce que cela reste payant, principalement parce que ça engage les gens à venir. Quand c'est gratuit, il arrive souvent que des personnes s'inscrivent mais ne viennent pas, sans prévenir ! Alors que nous adaptons l'espace et le nombre de livres de l'auteur commandés par rapport à l'effectif attendu. Et que d'autres personnes souhaitent venir mais que l'événement est théoriquement complet. Comme les rencontres d'auteurs et autrices sont gratuites, je réfléchis donc à un modèle économique pour les rendre payantes, même si ce n'est pas habituel en librairie. Pourtant, cela coûte cher, quand on prévoit l'hébergement, les heures supplémentaires de mes libraires qui modèrent la rencontre… Des frais qui ne sont pas couverts par les ventes de livres lors de la rencontre. Reste une question : comment distribuer l'argent à l'issue des rencontres ? C'est en réflexion ! »
Joël Hafkin gérant de La Boîte à livres, à Tours
Joël Hafkin, gérant de La Boîte à livres, à Tours- Photo MÉDIATHÈQUE DE JOUÉ-LÈS-TOURSPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
« Cela a toujours été dans notre intention avec Marcelline Langlois-Berthelot d'ouvrir un salon de thé. En 2002 lors de l'agrandissement, nous l'avons ouvert avec deux personnes pour s'en occuper. C'est un espace où les gens peuvent se poser, déjeuner, se donner rendez-vous… Il est transformé le soir en espace de rencontres avec les écrivains et nous y accueillons tout au long de l'année des expositions de deux mois. Le salon de thé, L'Escale, fait partie intégrante de la librairie. Le public du salon de thé passe dans les rayons et, souvent, achète des livres. Le chiffre d'affaires du salon de thé est de 97 000 euros. Cela paye les deux personnes présentes aussi. Le chiffre d'affaires de la librairie est lui de 5,4 millions d’euros. L'activité de l'Escale n'entrave donc en rien l'équilibre financier de la librairie. Il reste à être vigilant à une autre corporation ; nous sommes affiliés à une organisation professionnelle du secteur de l'Hôtellerie et restauration en Indre-et-Loire afin de nous tenir à jour des réglementations du secteur. Se diversifier en proposant du livre d'occasion ? C'est un autre domaine, plusieurs offres sont déjà proposées dans la ville. »
Roland Alberto fondateur et dirigeant de la librairie marseillaise L'Odeur du temps
« Je ne considère pas notre offre de livres en italien comme une diversification ; simplement comme une offre supplémentaire pour les lecteurs de poésie, d'essais ou de romans qui nous demandent de pouvoir lire en langue originale. Une précision, une légère spécialisation. Cela amplifie la notion de fonds (il s'agit de livres de fonds, rarement des nouveautés). Nous proposons dans la mesure du possible la même offre pour la langue anglaise, dans le domaine de la fiction uniquement. Cela représente une cinquantaine de livres italiens et la même chose en anglais, c'est donc anecdotique en termes de chiffre d'affaires, quelques centaines d'euros par mois. L'importation est aisée ; il est donc facile de constituer un petit fonds. Mais nous avons mis du temps à trouver des fournisseurs qui permettent une marge décente, des frais de port raisonnables et une interface de commande aisée et souple. Je n'envisage pas de commercialiser dans une librairie autre chose que des livres imprimés. Rien ne m'intéresse que les livres. »


