Le plus grand rendez-vous européen consacré à la culture japonaise a rouvert ses portes. Depuis le 9 juillet, le parc des expositions de Paris-Nord Villepinte accueille la 25ᵉ édition de Japan Expo, qui se poursuit jusqu'au 12 juillet.
Cet anniversaire marque le chemin parcouru depuis la création du festival : « Lorsque Japan Expo a été créée, elle rassemblait des passionnés de culture japonaise dans un environnement qui ne lui accordait pas encore beaucoup d'attention », rappelle Thomas Sirdey, cofondateur de l'événement, à Livres hebdo. Parti d'un rassemblement de quelques amateurs de culture nippone, le festival espère désormais accueillir entre 200 000 et 250 000 visiteurs.
Une immersion au cœur de la culture japonaise
Au cœur du hall 5, dédié notamment aux éditeurs de mangas, impossible de ne pas se laisser happer par l'effervescence. Les allées du parc des expositions fourmillent de visiteurs, de stands et d'animations. Les regards se perdent entre les nouveautés éditoriales, les produits dérivés et les scènes où se succèdent démonstrations et spectacles. À chaque détour surgissent des personnages emblématiques de la pop culture japonaise et internationale : Link (The Legend of Zelda), Ace (One Piece), Spider-Man (Marvel), Son Goku (Dragon Ball) ou encore Remington (Wakfu). Malgré la chaleur, des milliers de visiteurs ont revêtu leurs plus beaux cosplays, incarnant héros de mangas, d'animés, de jeux vidéo ou de films.
Pour célébrer ce quart de siècle, Japan Expo propose également une exposition retraçant son histoire. Un « Hall of Fame » rassemble des dizaines de shikishi réalisés spécialement pour l'occasion par des mangakas, auteurs, réalisateurs ou chanteurs invités au fil des éditions, avant une grande frise chronologique revenant sur les moments marquants du festival.
« Hall of fame », Japan expo 2026- Photo LORA LEMARÉCHALPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Le rendez-vous incontournable des éditeurs
À peine les portes ouvertes, les allées étaient déjà noires de monde. « On est très agréablement surpris parce que la fréquentation est largement au rendez-vous depuis très tôt ce matin », se réjouit Benoît Huot, responsable éditorial manga chez Glénat. Même constat chez Kotoon : « Nous avons écoulé notre stock de goodies en une heure, soit l'équivalent d'une journée entière l'an dernier », souligne Flora Sallot, qui observe également un lectorat « plus large qu'attendu, aussi bien en âge qu'en genre ».
Pour les éditeurs, Japan Expo reste un rendez-vous commercial stratégique : « C'est toujours un point de rendez-vous très important », rappelle Benoît Huot. Au-delà des ventes, le salon permet aussi « de répondre aux questions des lecteurs et de recueillir leurs retours ». Chez Kana, Thibaut Villy rappelle toutefois le coût d'un tel événement : « Japan Expo représente de belles ventes, mais aussi de grosses dépenses. Le but est d'être à l'équilibre à la fin. »
Pour Léa Ivert, éditrice chez Kazé, le principal intérêt demeure le contact avec les lecteurs : « C'est un grand plaisir d'échanger avec des passionnés qui créent des cosplays ou des œuvres autour de nos licences. »
Benoît Huot, responsable éditorial manga chez Glénat- Photo LORA LEMARÉCHALPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Une vitrine pour les nouveautés
Le salon est également le théâtre des annonces de rentrée. Kazé y dévoile notamment Ultimate Exorcist Kiyoshi de Shōichi Usui, tandis que Glénat met en avant le prochain tome de One Piece, qui paraîtra aussi dans une édition collector.
Kana profite de l'événement pour célébrer ses 30 ans en mettant à l'honneur Kagurabachi de Takeru Hokazono, dont l'adaptation en animé est attendue au printemps prochain, tandis que Kotoon poursuit son développement autour de la romance fantasy avec des titres comme Seule la mort attend la vilaine de Gwon Gyeo Eul et Suol.
Pour les indépendants, un enjeu de visibilité
Pour les plus petites structures, Japan Expo représente avant tout une opportunité de se faire connaître. « Pour nous, c'est là que l'on peut gagner énormément en visibilité », explique Alexandre Louchet, de NaBan. En l'absence du Festival d'Angoulême cette année, le salon revêt une importance particulière pour cette maison indépendante de deux personnes.
Si l'investissement financier reste lourd, « il faut avancer les frais plusieurs mois à l'avance avec une trésorerie toujours plus fragile », dans un contexte de rétrécissement du marché, le premier bilan est encourageant. « Pour l'instant, ça se passe bien », se réjouit l'éditeur, notamment grâce au succès de Mafia Dating Sim de Amekawa Toko et Goto Sora.
Conférences, avant-premières et prix
Cette première journée a également été rythmée par plusieurs temps forts. Brigitte Lecordier, célèbre doubleuse, notamment connue pour la voix de Son Goku et Zen’ō dans la franchise Dragon Ball, a présenté sa bande dessinée La réalité est énorme (Dupuis), offrant une lecture sur scène accompagnée de plusieurs comédiens de doublage comme de Pascale Chemin (la voix de Kirua), Bruno Meyere (voix de Livaï), tandis que le dessinateur Acardy Picardi réalisait une illustration en direct.
Le public a ensuite découvert en avant-première européenne l'adaptation animée de Dreamland, à l'occasion des 20 ans du manga de Reno Lemaire (Pika). Entouré du réalisateur Juan Pablo Machado ainsi que Sylvain Dos Santas et Lila Hanou, l'auteur s'est réjoui d'une adaptation « qui respecte les personnages », tout en annonçant la réédition de l'intégralité de la série.
Enfin, la journée s'est achevée par la 20e remise du prix Asie de la Critique ACBD. Les éditeurs des cinq ouvrages en lice ont tour à tour défendu leur titre, saluant une sélection qui met en lumière des thématiques rarement abordées, des propositions graphiques audacieuses et des récits singuliers. Étaient en compétition Akari de Marco Kohinata (Le Lézard Noir), Le Bouquiniste d'Ao Kojima (Vega), Cosmos de Ryûhei Tamura (Ki-oon), Mujina into the Deep d'Inio Asano (Kana) et Sukima de Gao Yan (Casterman). C'est finalement Akari qui a remporté le prix. En recevant la distinction, son éditeur a salué « une très belle sélection qui montre la capacité de la bande dessinée japonaise à croiser les publics ».
La remise du prix d'Asie ACBD, Japan expo 2026- Photo LORA LEMARÉCHALPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.



