Une abdication face aux lobbies pour certains, un regain de contrôle sur le pouvoir exécutif pour d’autres. Comme le rapporte le quotidien Le soir, le Conseil d'État belge a annulé l’arrêté royal dit des « fausses librairies ». Entré en vigueur en 2022, celui-ci entendait réguler la vente de paris sportifs dans les librairies. Depuis 2010, les librairies d'outre-Quiévrain sont effet autorisées à proposer des paris sportifs en « revenus complémentaires » de leur activité principale.
Le business juteux des fausses librairies
La mesure visait à soutenir les librairies, nombreuses à éprouver des difficultés financières. Mais si elle a bien permis à certaines enseignes de soutenir leur activité, elle a aussi eu pour effet collatéral de favoriser l'émergence d’agences de paris déguisées « L’absence de définition des caractéristiques d’une librairie et des critères pour l’activité complémentaire a eu pour effet que des établissements engageant des paris se sont également établis sous ce dénominateur, indiquait le gouvernement d'Alexander De Croo dans un texte à destination du Roi. Cette pratique a également pour effet que ces "faux libraires" contournent les restrictions relatives à l'établissement, applicables aux agences de paris, et peuvent de ce fait s'établir à proximité d'écoles et d'autres endroits souvent fréquentés par des mineurs. »
Validé par le roi Philippe et le pouvoir exécutif, l’arrêté imposait une série de conditions cumulatives pour réfréner ces abus : la limite de quatre terminaux ou applications informatiques en librairie, la tenue de paris entre six heures et vingt heures seulement, et un plafond total de 250 000 euros à l’année pour les mises. Côté librairie, l’enseigne devait vendre et exposer au moins 200 titres, ainsi que réaliser un chiffre d’affaires d’au moins 250 000 euros sur ces ventes.
Selon un document de la haute juridiction que Le soir s’est procuré, la raison de ce retrait serait « l’outrepassement de la fonction et des compétences » du gouvernement. Le soir, en revanche, l’analyse comme les effets de la pression du secteur des jeux, qui « saisit les différentes juridictions du pays » pour contester les réglementations tentant d’y être appliquées.
