Livres Hebdo : L’édition 2026 du Festival international de la bande dessinée n’aura pas lieu, mais Angoulême accueillera tout de même différentes manifestations fin janvier. La Cité de la bande dessinée et de l’image est-elle partie prenante ?
Vincent Eches : La Ville d’Angoulême a souhaité accompagner des projets imaginés localement pour faire vivre la bande dessinée fin janvier, et elle nous a demandé de composer un comité artistique afin de formuler un avis sur les quelque 120 dossiers reçus. Nous avons réuni une dizaine de personnes, éditeurs, libraires et auteurs et autrices du territoire, ainsi que des représentants de lieux ressources tels que Magelis ou le Musée d’Angoulême. Ce fut un travail collectif très fructueux, avec une vraie liberté de parole, ainsi qu’un enthousiasme palpable. Il y a des idées à retenir de ce moment.
Quelles sont les initiatives de la Cité pour ce week-end-là ?
Nous mettons en œuvre des idées qui nous titillaient depuis un moment, comme le remontage du Train Fantôme de Stéphane Blanquet : un dispositif fantasmagorique créé pour une exposition à Lyon en 2009 et peu vu depuis. Nous programmons aussi une exposition sur le bestiaire animé dans l’œuvre de Benjamin Rabier, dont le commissariat a été confié à Marguerite Demoëte, ancienne directrice artistique du FIBD. On peut citer aussi une installation autour des éditions Rutabaga, un projet imaginé par Nathalie Ferlut et Thierry Leprévost, auteurs du territoire, qui nous emmène dans la tête d’un artiste, une fresque du collectif DIG - en résidence au 4e étage du bâtiment Vaisseau Moebius. Il y aura aussi une programmation de lectures, d’animations…
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Cela ressemble furieusement à un festival…
Non, on ne peut pas user de ce mot-là ! Mais je relève un bel enthousiasme dans cette forme d’autogestion, accompagnée par les pouvoirs publics.
L’appel d’offres de l’ADBDA (Association pour le développement de la bande dessinée à Angoulême) vient d’être lancé. La Cité sera-t-elle candidate à l’organisation du futur festival et quelles seraient les grandes lignes de son projet ?
Les pouvoirs publics qui siègent à l’ADBDA siègent également au conseil d’administration de la Cité. À ce titre, une candidature en direct de la Cité semble poser une question juridique. Quoi qu’il en soit, l’appel d’offres prévoit très clairement que le futur opérateur du festival collabore étroitement avec la Cité, acteur incontournable de l’écosystème.
Il s’agit donc d’une occasion exceptionnelle pour que l’avenir du Festival s’écrive avec la Cité. Nous pourrons ainsi mettre à disposition notre solide expertise artistique, ainsi que notre savoir-faire en matière de production et de diffusion d’expositions d’envergure, grâce à un réseau étendu en France et à l’étranger. Nous avons déjà en magasin plusieurs projets qui sont prêts à être activés et pourraient être mis en œuvre rapidement ; un atout précieux pour une édition 2027 contrainte par le calendrier – les résultats de l’appel d’offres étant attendus à la mi-avril, soit moins d’un an avant l’événement.
« Sur la possibilité de la Cité de participer ou non à l’appel d’offres, nous devons attendre la réponse de notre CA, qui pourrait intervenir début février »
Par ailleurs, notre ancrage au sein du tissu des différents acteurs de l’écosystème, au niveau local comme à l’échelle (inter)nationale, constituera un atout déterminant pour affirmer le festival comme un véritable bien commun, où les autrices et auteurs occuperont une place centrale.
On a du mal à comprendre comment le futur organisateur, avec sa ligne artistique, pourra collaborer avec la Cité et sa propre vision. Déléguerait-il à la Cité l’organisation d’expositions ou de conférences ? Il semblerait plus efficace que la Cité soit elle-même aux commandes, dans ce cas…
Ce qui est intéressant, c’est que le futur organisateur aura l’obligation de collaborer avec la Cité, particulièrement sur la programmation de chaque édition. Il y a là une volonté évidente de rechercher la cohérence et les synergies entre le festival et la Cité. Concrètement, il nous semble aujourd’hui prématuré de dessiner les modalités précises de cette collaboration, il faudra de toute évidence expérimenter des choses… Sur la possibilité de la Cité de participer ou non à l’appel d’offres, nous devons attendre la réponse de notre CA, qui pourrait intervenir début février.
Que répondez-vous aux voix qui demandent une décroissance d’un festival devenu trop chargé ?
Il nous semble indispensable que le festival demeure un événement effervescent, foisonnant et stimulant. Avec une dimension événementielle riche et excitante, car une partie du public vient pour ça, et une forte dimension professionnelle qui participe du rayonnement de la BD francophone dans le monde et qui est un élément du soft power de la France. Toutefois, il faut améliorer l’expérience du festivalier, la rendre moins trépidante et plus fluide. Par exemple, en prolongeant un maximum d’expositions au-delà d’une semaine, ce qui a déjà bien fonctionné par le passé avec celles consacrées à Riad Sattouf, à Superman ou aux contes. Et de tester des outils tels que la réservation de créneaux, à l’image de ce qui peut se pratiquer dans les grands musées. Plus largement, le festival gagnerait à travailler différemment l’accueil des publics, des artistes et des professionnels ; à renforcer les interactions entre eux ; à valoriser toutes les formes de bande dessinée…
Vous achevez votre 4e année à la tête de la Cité de la BD. Quels sont les chantiers en cours et les projets pour la suite ?
Le travail autour de la refonte du parcours permanent du Musée de la BD se poursuit, avec un objectif d’ouverture fin 2027. Nous sommes aussi face au défi de gérer un nombre d’œuvres originales données au Musée de plus en plus conséquent. Par ailleurs, notre programme d’expositions temporaires se poursuit, avec une réflexion poussée sur les coproductions : c’est important sur le plan financier et pour le rayonnement, car des expositions coproduites peuvent ensuite tourner. Par exemple, nous aurons cette année une exposition Thorgal avec un musée polonais, une autre sur la BD et la sphère LGBTQIA+ avec La Contemporaine à Nanterre, et plus tard une grande exposition sur la bande dessinée indienne, qui va d’abord être montée à Bangalore. Concernant le territoire, nous travaillons à rapprocher la bibliothèque de prêt de la bibliothèque patrimoniale, nous développons des classes à horaires aménagés BD… Et je souhaiterais beaucoup avancer vers un laboratoire de croisement interdisciplinaire, une démarche que j’avais déjà testée au PULP Festival à la Ferme du Buisson…
