Forte de son succès l’année dernière, la convention internationale de livres et des idées Read Barcelona a clôturé sa deuxième édition le 18 septembre avec quasiment le double des éditeurs et magazines présents par rapport à l’édition de 2025. Plus de 450 maisons d’édition, magazines et projets culturels en provenance de 75 pays et représentant au total 48 langues ont participé.
Avec un focus sur la non-fiction et les essais, le but de l’évènement est de réunir éditeurs, intellectuels engagés et militants, pour questionner l’ordre établi et élaborer des stratégies concrètes de résistance et de transformation face aux inégalités et la montée de l'extrême droite.
Read est une initiative de Radical Books, une coopérative basée à Barcelone qui édite Verso Libros et Manifest Llibres, avec le soutien international de Verso Books, de La Fabrique éditions (France), de la revue socialiste internationale Jacobin, et de la maison d'édition allemande Brumaire Verlag.
Ella Bartlett, co-responsable des droits etrangers aux Arènes- Photo OLIVIA SNAIJEPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Avec des financements institutionnels et privés, l’évènement a suscité cette année l’intérêt du ministre espagnol de la Culture, Ernest Urtasun. Alors qu’il venait d’annoncer qu’il pourrait être le candidat du parti de gauche progressiste, Sumar, au moment des prochaines élections générales, le ministre a rendu visite à Read où il a rencontré les organisateurs, dont Stella Magliani-Belkacem, cogérante de La Fabrique qui, entre autres, promeut Read auprès des éditeurs et agents français. « Read, c’est travailler avec une camaraderie entre éditeurs. On fait tout pour qu’il y ait des gestes au-dessus des gestes commerciaux », confie-t-elle.
Les éditeurs revenus en nombre
Bon nombre de maisons d’édition et revues qui étaient présentes en 2025 sont revenues cette année, comme Alejandro Ferrer, éditeur Aux Forges de Vulcain (France), Alexandre Sanchez, responsable en Europe du pôle éditorial et de la direction commerciale chez Lux Éditeur (Québec), Sulaiman Adebowale d'Amalion (Sénégal) ou encore Ronny Agustinus de Marjin Kiri Publisher (Indonésie).
Au lieu de Sophie Kucoyanis, présente l’année dernière pour Gallimard (France), Chloé Pottiez, éditrice en sciences sociales, s’est rendue à Barcelone. En revanche, Pierre Hild, écrivain, directeur de la nouvelle collection de poésie « Pierres Vives » et secrétaire général des Éditions du Seuil (France), était à Read pour la première fois tout comme le représentant des éditions de l'Ehess.
Élie Daviron et Fanny Monsonis des éditions La Lenteur avec leur agente Sophie Savary - Photo OLIVIA SNAIJEPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Cette année les rencontres B2B étaient situées dans la chapelle du Convent dels Àngels, alors que les conférences se déroulaient à quelques minutes à pied dans le Pati Manning, ancienne maison de la charité.
En 2025, l’agence Books and More était la seule agence française à Read. Cette année il y avait une forte présence d’agents français, jeunes et confirmés. Milena Ascione est Italienne, basée à Bordeaux. Cette année elle a augmenté sa liste de non-fiction depuis qu’elle représente ecosocieté, une maison d'édition indépendante et militante québécoise. Elle a estimé que Read pouvait être intéressant pour ses titres politiques, féministes et écologistes, « une occasion pour découvrir des éditeurs engagés. »
Read s’est avéré très utile car 80 % de ses rencontres se sont déroulées avec des éditeurs qu’elle ne connaissait pas, dont Suchismita Ghosh, pour le compte de Jadavpur University Press (Inde), ou Zhou Zhan, de Shanghai 99 (Chine).
Planning rempli
Julie Finidori, agente littéraire depuis 2025, représente des auteurs dont les œuvres sont orientées vers la justice sociale, le féminisme, l'antiracisme, la grossophobie, la LGBTphobie, ou l'écologie. « C'est super de rencontrer des professionnels de l'édition hors des sentiers battus des foires habituelles, avec des échanges de perspectives engagées sur le secteur et son avenir. Read réussit le pari d'être un rendez-vous à la fois politique et professionnel », nous dit-elle.
L’agence Astier-Pécher qui fête ses 20 ans, était également présente avec un planning rempli pendant les trois jours. Laure Pécher, enthousiaste et impressionnée par la diversité des pays, constate que cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas eu autant de rendez-vous avec des éditeurs « où on parle du texte et pas d’argent ». « Le concept est très intelligent car ça n’empêche pas le business, des contrats peuvent bien sûr se concrétiser. Mais c’étaient des textes dont les gens voulaient parler », ajoute-t-elle.
Pierre Astier et Laure Pécher- Photo OLIVIA SNAIJEPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Les jeunes éditeurs Élie Daviron et Fanny Monsonis des éditions La Lenteur (France) qui n’ont pas de site web et communiquent par voie postale, étaient à Read ainsi que l’agente Sophie Savary qui les représente. Sophie Savary est basée à Lodève, comme La Lenteur. Read, selon l’agente, est aligné avec son travail qui consiste à attirer la pensée subversive.
Elia Bartlett, qui s’occupe des droits étrangers pour Les Arènes (France), est surtout venue voir « ce qui se passe dans le marché hispanophone, » et avait des rendez-vous avec des éditeurs espagnols et d’Amérique latine. Mais l’édition expérimentale et plus collaborative, et les sujets d’actualité et géopolitiques l’ont attiré également, ainsi que le programme de débats et idées qui présentait des évènements tous les jours pour les professionnels. Les soirs étaient dédiés à des débats ouverts au public.
« Contexte politique inquiétant »
Txalaparta (Pays basque, Espagne), était de retour pour cette deuxième édition. La maison indépendante publie Karim Kattan par le biais de l’agente Florence Giry, également à Barcelone, ainsi que Gabriella Zalapí, autrice des éditions Zoé représentée par l’agence Astier-Pécher. Pour Ane Eslava Serrano, éditrice, « des espaces comme Read sont importants dans ce contexte politique inquiétant. C’est une opportunité pour les petits éditeurs d’avoir de nouvelles idées et de réfléchir ensemble ».
La formule Read fait l’unanimité. Dans le futur, Stella Magliani-Belkacem et les organisateurs espèrent inclure tous les acteurs de la chaîne du livre.



