Les confessions d'un enfant d'un autre siècle. Quoique né au milieu du siècle dernier, en 1943 précisément, Jean-Marie Rouart est, par bien des aspects, un homme du xixe siècle. La plupart de ses références littéraires (Balzac, Stendhal, Maupassant, Chateaubriand et d'autres) et artistiques (la famille Rouart a participé de près, d'une manière ou d'une autre, à la grande épopée de l'Impressionnisme) viennent de là. Une culture que ce cancre, sauvageon revenu à Paris à la fin de l'enfance après quatre années rustiques à Noirmoutier, s'est forgée lui-même et que son métier, le journalisme, l'a conduit à approfondir.
Rouart, si on le suit dès le premier chapitre de son livre, « Les nuits chaudes de Montparnasse », aurait pu ajouter à ses auteurs de prédilection le nom de Jules Vallès, celui du Bachelier. Même si chez lui ce n'était pas exactement la misère, Jean-Marie Rouart a souffert très jeune d'un « complexe d'infériorité » dû à la « médiocrité sociale » de ses parents, par ailleurs tendrement aimés. Il y avait les cousins riches, héritiers du lustre de la famille, et les parents pauvres, les siens. D'où, comme il le dit lui-même, ce désir de revanche, cet « arrivisme », entre espérance d'une grande destinée et désespoir parfois suicidaire.
Dans sa chambre de bonne de Montparnasse, le jeune homme se rêvait en Rastignac ou en Rubempré, rongeant son frein et brûlant d'habiter un jour ce 7e arrondissement chic où vivait encore une partie de sa famille. Il y est parvenu, établi aujourd'hui rue de Grenelle, après une jolie escale rue du Cherche-Midi, indice géographique d'une reconquista exemplaire en son genre, qui passe par des lieux de Paris qui tous font sens.
Ancien rédacteur en chef livres au Quotidien de Paris de Philippe Tesson, puis directeur du Figaro littéraire (celui d'Hersant), écrivain publié dans les plus prestigieuses maisons, multiprimé, académicien français turbulent (voir son chapitre « Le mirage du quai Conti »), Rouart a tout gagné, et à la façon du xixe siècle. Il avait tout misé sur la littérature et son antichambre, la presse.
Aujourd'hui, il revient sur son parcours, sur quelques rencontres marquantes, dans les beaux quartiers mais pas seulement : on s'en va visiter Jean d'Ormesson à Neuilly, mais aussi Matthieu Galey, alors critique littéraire à L'Express, aussi brillant que redouté, dans sa maison, la villa Frochot, à Pigalle. Rouart maîtrise l'art du portrait, héritage familial, mais au moyen des mots. Il excelle dans la description rapide et nerveuse, dans le saisi du détail, de la phrase qui marque. C'est à la fois un talent et un métier. Il est aussi un expert en confidences à demi-mot et en autodérision. On lira ainsi avec délices son dernier chapitre, « Le nouvel arrivant du Père-Lachaise », où il aborde le sujet de son trépas. Avec pudeur, son élégance coutumière et, oui, humour.
Paris est un roman
Gallimard
Tirage: 12 000 ex.
Prix: 19 € ; 176 p.
ISBN: 9782073132499
