Ouverte fin 2015 pour offrir une vitrine parisienne aux éditeurs indépendants réunis par l'association L'Autre Livre, la librairie éponyme, rue de l'École Polytechnique dans le Ve arrondissement de Paris, baisse le rideau une décennie plus tard. « Ce n'est pas une librairie classique où l'on achète les grands succès du moment ; on y trouve uniquement les livres des éditeurs adhérents », rappelle Saäd Bouri, président de l'association, joint par Livres Hebdo. Les maisons qui déposaient leurs ouvrages en dépôt-vente ont été invitées à les reprendre.
« Arrêter l'hémorragie financière »
Un an et demi plus tôt, le conseil d'administration s'était déjà divisé sur l'avenir du lieu, entre ceux qui y voyaient un gouffre financier et ceux qui défendaient un point d'ancrage à Paris. La librairie a ainsi été rénovée en novembre 2025, pour un budget d'environ 4 000 euros, avec un double objectif : la rendre plus attractive et y multiplier les rencontres littéraires.
Six mois plus tard, le constat tombe. « Cette décision n'a pas été facile à prendre par le conseil d'administration, mais elle permet d'arrêter l'hémorragie financière qui mettait en danger l'association », explique le président. En cause, d'abord, l'emplacement : « Même si la librairie se situe dans un quartier prestigieux, la rue n'est pas passante. Les ventes se faisaient essentiellement lors des rencontres. » Un accord avec le bailleur, Paris Commerces, a permis de rompre le bail par anticipation. Le libraire, qui participait aussi à l'organisation des salons et faisait le lien avec les adhérents, a quitté ses fonctions le 25 août.
Un relais d'éditeurs resté sans suite
Le lieu ne vivait pas que de ses ventes : les éditeurs adhérents pouvaient, moyennant une cotisation majorée, y placer davantage d'ouvrages de leur catalogue. À l'annonce de la fermeture, l'idée d'un relais d'éditeurs bénévoles pour tenir la boutique a circulé. Elle supposait une coordination qui a été difficile à instaurer. « Personne n'a proposé quelque chose de concret. Nous aurions été ravis qu'une organisation se mette en place », assure le président. « Mais même sans salarié, avec les seules charges de loyer, nous ne tenions pas. »
L'association continue
Reste l'essentiel, à ses yeux : la structure fondée en 2002 poursuit sa route. « Nous le vivons à la fois comme un soulagement. Nos réserves financières étaient progressivement grignotées par la librairie », confie le président. L'association continue de fédérer ses éditeurs adhérents et d'organiser ses deux rendez-vous parisiens. Le prochain se tiendra les 7 et 8 novembre au Palais de la femme ; celui du printemps 2027 doit retrouver la Halle des Blancs-Manteaux.
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Pour les éditeurs adhérents, l'attrait de l'association ne tenait pas à ce seul point de vente : il se mesure surtout à ces quelques jours où, deux fois l'an, leurs catalogues gagnent une place à Paris. La librairie fermée, l'association garde cette carte, et n'exclut pas d'en rejouer une autre. « Il n'est pas exclu, je l'espère, que nous fassions autre chose dans un autre local par la suite », glisse le président. La vitrine disparaît, mais l'adresse, elle, reste dans le paysage éditorial.

