Coïncidence de calendrier ou lecture convergente d'un marché ? Le 15 septembre, deux annonces distinctes ont braqué les projecteurs sur la littérature espagnole en France.
D'un côté, Madrina Sévigné, maison indépendante fondée par Nathalie Caume, ancienne secrétaire générale de plusieurs maisons d’édition littéraires d'Editis (Le Cherche Midi, Plon, Belfond, Presses de la Cité, Perrin, Bouquins, Récamier), dévoile son programme inaugural de sept titres pour 2027.
Deux modèles, deux échelles
De l'autre, le groupe Planeta, 21ᵉ groupe éditorial mondial, 1,02 milliard d'euros de chiffre d'affaires en 2025, officialise le retour de sa marque en propre en France, huit ans après la cession d'Editis à Vivendi, avec une première parution prévue en août 2027 à l'occasion de la rentrée littéraire.
Nathalie Caume, après 15 ans chez Editis, crée sa propre maison d'édition affiliée à Delnoch Publishing, Madrina Sévigné - Photo MSPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
« Ça montre que c'est une bonne idée », résume Nathalie Caume, jointe par Livres Hebdo, à propos de l'arrivée quasi simultanée de son ex-maison mère espagnole sur le même segment. Son projet, mûri depuis deux ans et son départ des éditions Récamier et Bouquins, n'a aucun lien avec l'annonce de Planeta.
Deux modèles, deux échelles. Madrina Sévigné démarre à deux : Nathalie Caume et Mathilde Oliveau, épaulées par Delnoch Publishing, une structure mutualisée montée par Alain Névant, avec une logique de prise de participation capitalistique dans les maisons accompagnées selon les profils.
La diffusion a été confiée à Hachette Diffusion Littérature pour la France (Dilibel en Belgique, Dargaud Suisse, La Boîte de Diffusion au Canada, e-Dantès pour le numérique), avec l'objectif d'une dizaine de titres par an dès 2028, répartis en trois collections : Madrina Sévigné, Viva Madrina et Madrina Noir.
Un vivier largement sous-exploité
Face à cette agilité revendiquée, Planeta joue la carte du groupe : direction éditoriale confiée à Claire Do Sêrro (ex-Robert Laffont, NiL, Stock), diffusion-distribution via Dilisco (Albin Michel), montée en puissance programmée à 20 titres par an dès 2028, répartis à parts égales entre fiction et non-fiction, francophone et étranger, avec un tropisme hispanophone assumé. « Nous souhaitons construire en France un projet doté d'une identité propre, pérenne et capable de créer durablement de la valeur pour les auteurs, les lecteurs, les libraires et l'ensemble du secteur », affirme Jesús Badenes, directeur général de la division éditoriale de Grupo Planeta.
Le premier titre de Madrina Sévigné est un premier roman d'une poétesse espagnole primée en 2023, Mayte Gomez Molina. - Photo MSPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Reste la question du fond de catalogue disponible. Nathalie Caume évoque un vivier resté largement sous-exploité en France faute de place dans les programmes des grands groupes : « Il faut sortir le livre du paradigme littérature étrangère », plaide-t-elle, citant l'essor des séries et du cinéma espagnols comme signal d'un appétit du public français. De quoi ouvrir, pour libraires et bibliothécaires, un chantier de mise en rayon et de visibilité pour un segment encore mal identifié commercialement.
Le catalogue inaugural de Madrina Sévigné (2027)
Visant une dizaine de titres par an en rythme de croisière, la nouvelle maison annonce pour 2027 sept titres, trois collections et un rythme de parution mensuel resserré sur l'année :
- Janvier — La bouche pleine de blé, Mayte Gómez Molina (collection Madrina Sévigné). Traduit par Aloïse Denis. Premier roman d'une poétesse madrilène, lauréate 2023 du prix national de poésie Miguel Hernández, sur le syndrome de l'imposteur dans le monde de l'art.
- Mars — Black, Black, Black, Marta Sanz (collection Madrina Noir). Traduit par Alexandra Carrasco-Rahal. Polar littéraire porté par l'une des plumes les plus reconnues de la scène espagnole (prix Herralde, finaliste du prix Nadal).
- Mai — Maisons propres, María Agúndez (collection Viva Madrina). Traduit par Mathilde Oliveau. Comédie sociale sur le travail domestique et ses paradoxes féministes ; deuxième roman de l'autrice.
- Août — La Ville, Lara Moreno (collection Madrina Sévigné). Traduit par Carole Fillière. Roman choral autour de trois femmes d'un immeuble madrilène, autrice phare des éditions espagnoles Lumen.
- Septembre — Canijo, comme un clou, Fernando Mansilla (collection Madrina Sévigné). Traduit par Mathilde Oliveau. Récit sur l'arrivée de l'héroïne à Séville dans les années 1980, signé une figure de l'underground sévillan.
- Octobre — Progenie, Susana Martín Gijón (collection Madrina Noir). Traduit par Judith Vernant. Premier volet d'une trilogie policière (avec Especie et Planeta) menée par l'inspectrice Camino Vargas ; droits audiovisuels optionnés.
- Novembre — Amiga mía, Raquel Congosto (collection Madrina Sévigné). Premier roman, sur une rupture amicale entre deux architectes.
Par ailleurs, Nathalie Caume a confié l’identité graphique à Mickaël Cunha, avec un principe de couvertures illustrées par des artistes espagnols contemporains (dont Cristina Lama, représentée par la galerie sévillane Delimbo, pour le premier titre).
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