Lire un roman comme on suit une série, un épisode par semaine, le temps d'un trajet. Telle est la promesse de Nooks, application de lecture pour Android et iOS qui ouvre le 24 septembre, après une phase de préinscriptions et un accès anticipé ouvert aux premiers inscrits depuis le 17 septembre.
Les lecteurs n'y téléchargeront pas un livre entier : ils y liront une histoire semaine après semaine, en attendant la suite. L'application démarre avec un classique publié en feuilleton, l'Odyssée d'Homère, et quatre auteurs qu'elle édite en exclusivité.
Contacté par Livres Hebdo, Nicolas Jean-Baptiste, ingénieur électronique et informatique, retrace une idée née en 2018 et développée pendant huit ans en dehors de ses heures de travail. Il a créé sa société en 2021, avant de quitter son poste salarié en août de cette année pour s'y consacrer à plein temps. Unique éditeur, il choisit les textes, contractualise avec les auteurs, les publie. « Je veux tester mon idée, aller au bout de mon idée, expose-t-il. Je pense être la bonne personne pour ça. Je vais tracer mon chemin, et on verra ce que ça donne. » Plus de 60 personnes ont testé l'application au cours des phases alpha et bêta, pendant le premier semestre 2026.
Les écrans d'accueil et de bibliothèque de l'application Nooks, avec l'Odyssée et les premiers titres du catalogue- Photo CAPTURES © NOOKSPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
L'Odyssée en feuilleton, dans le sillage de Nolan
Pour son ouverture, Nooks mise sur un texte du domaine public. L'Odyssée paraît à raison d'un chant par semaine, soit 24 épisodes pendant 24 semaines. L'argument éditorial tient en une idée : le poème a été composé pour être écouté par fragments, chant après chant, et le format épisodique « ne le modernise pas, il le remet dans sa forme d'origine », avance le dossier de présentation.
Le calendrier fait écho à la sortie au cinéma de l'Odyssée de Christopher Nolan. Le fondateur, qui dit avoir « adoré » le film, y réfléchissait « déjà » avant sa sortie, assure-t-il. Autour de ce texte d'appel, l'application propose quatre nouvelles originales d'auteurs contemporains (Lydie Authier, Ange Beuque, Emilio Bouzamondo, Gilles Fournial) et cinq classiques disponibles en intégralité.
Un format déjà éprouvé sur mobile
La lecture en épisodes sur smartphone a déjà été tentée en France. Rocambole proposait dès 2019 des séries littéraires à lire en cinq minutes, avant de devenir Doors puis d'être rachetée en 2022 par l'opérateur lyonnais Vivlio qui l'a renommé Vivlio Stories en 2023. À l'international, le marché des applications de fiction en épisodes est considérable, mais fragile pour celles qui ne vendent que de la lecture : plusieurs plateformes ont fermé en 2025, de Radish à Kindle Vella.
Nicolas Jean-Baptiste connaît ce terrain. « Je sais que le monde de l'édition, notamment en France, est quelque chose de compliqué », reconnaît-il. Il dit vouloir composer avec cet héritage. « Il y a déjà des acteurs qui existent. Je compte bien m'inspirer des meilleures choses qu'ils ont faites, parce qu'ils ont fait de très bonnes choses, mais aussi apprendre de leurs échecs pour les déjouer. »
Gratuit au lancement, l'abonnement pour février 2027
Le modèle se déploiera en deux temps. Les classiques restent en accès libre. Les histoires originales passeront sur abonnement en février 2027, à un prix fixé au lancement sans dépasser cinq euros par mois. Les auteurs seront rémunérés en fonction de ce qui est lu, et les premiers inscrits conservent un tarif réduit de 40 % à vie.
Pour convaincre les indécis, le fondateur mise sur la simplicité. « Tout est gratuit au lancement, donc ça ne coûte rien », avance-t-il. Il pointe surtout un frein qu'il dit vouloir lever. « Tout le monde a toujours eu envie de lire à un moment donné, mais se dit : je n'ai pas le temps, je préfère regarder une série. » Sa réponse tient dans le format : « Le premier chant de l'Odyssée demande environ 16 minutes de lecture. Tout le monde a 16 minutes dans une semaine pour lire un petit peu. » Et cette conviction, pour finir : « La littérature, ça fait du bien aussi à soi. »

