Avant-critique Récit

Résurrection. Matthieu Mégevand a 41 ans. Rien d'exceptionnel à cela. Si ce n'est que, dans son cas, c'est miraculeux : à 20 ans, il avait été atteint du lymphome de Hodgkin, un cancer des ganglions, où des lymphocytes déréglés, « en folie », « boulimiques », se mettent à dévorer petit à petit tout notre corps. Grâce à des traitements aussi énergiques que pénibles, il s'en était tiré en quelques mois. Rémission puis guérison, ont dit les médecins. Et aucune rechute depuis, malgré des angoisses à chaque bobo bénin. En soi, l'histoire est déjà intéressante, mais ce qui l'est encore plus, c'est la façon dont Mégevand a vécu son « après » maladie. Schématiquement, il a failli devenir fou. Comment revivre après un tel choc, ne pas se sentir vide après que la maladie a libéré l'espace qu'elle occupait dans sa tête ? Tout l'espace. Il a bien failli partir en vrille : voyages pour s'étourdir, psychothérapie, hypnose, sophrologie, sport à outrance, retour - éphémère − à la foi... « Je ne peux plus me prévoir d'avenir », notait-il. La vie, heureusement, peut rendre ce qu'elle semblait avoir pris. Matthieu a rencontré R., « jolie, cultivée, discrète ». Ils se sont installés ensemble, entre Paris, jamais nommé, et une autre ville, près d'un lac. Ils ont eu deux beaux enfants. Il continue bien à fréquenter des bars interlopes, à picoler avec des potes musiciens, il travaille dans l'édition, et il raconte son histoire à des lycéens. Son texte, où il se met à nu mais avec pudeur, est d'une grande beauté, parfois à la limite du soutenable, mais toujours émouvant et tenu.

Matthieu Mégevand
Comme après
Actes Sud
Tirage: 2 600 ex.
Prix: 18,50 ; 160 p.
ISBN: 9782330189594

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