« Notre premier concurrent, c'est Amazon ». Marc Bordier, ancien du géant américain du e-commerce, sait de quoi il parle. Le président de Lireka, librairie en ligne grenobloise spécialisée dans l'export du livre français, tient pour la première fois un stand à la Foire du livre de Francfort, qui se déroule jusqu'au 11 octobre. « Notre but n'est pas de concurrencer Amazon en France, nous n'avons aucune chance de le faire. C'est le rôle de la Fnac, de Leclerc, de Cultura peut-être. En revanche, nous sommes capables d'être meilleurs qu'eux à l'étranger », estime-t-il.
Rentable et affichant 8,9 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2025, l'entreprise reste encore méconnue de la profession. « Nous sommes encore très jeunes et encore peu connus, je pense malheureusement. Nous allons y remédier », reconnaît son dirigeant. D'où ce premier stand allemand, qui vise autant « les francophones installés en Allemagne » que les professionnels, avec une série de rendez-vous éditeurs.
D'abord pour les Français à l'étranger
Le positionnement de Lireka tient d'après son fondateur en une formule : une librairie en ligne internationale. Elle revendique un catalogue d'1,5 million de titres français et de 500 000 titres anglais, avec une livraison gratuite dans le monde entier, et un paiement possible en 67 devises.
« Si vous êtes expatrié français à Francfort, vous avez du mal à vous procurer des livres en français, et bien souvent la seule solution est Amazon. Et l'Allemagne n'est pas le pays le plus compliqué », explique-t-il, citant les Français d'Écosse, du Texas, ou encore de Malte, « pays européen de 500 000 habitants où il n'existe aucune librairie française ».
Deux arguments sont mis en avant face au géant américain. « Nous sommes de purs libraires, nous connaissons le métier du livre et nous savons conseiller ». Et un avantage de coût : « Nous sommes spécialisés dans l'exportation, donc capables de proposer des prix souvent inférieurs, avec la livraison gratuite. Sur Amazon, quand vous êtes à l'étranger, vous commandez avec des frais de port très élevés ».
Toutes les langues, à terme
Fondé en 2019, Lireka entend désormais s'ouvrir à la distribution de livres en d'autres langues. Le récent catalogue anglophone n'est qu'une première étape. « La vision à terme, c'est de proposer tous les livres, de toutes les langues, dans le monde entier, avec la livraison gratuite », annonce Marc Bordier.
Suivront l'allemand, l'espagnol, l'italien, le portugais, « et d'autres langues européennes ». Le tout sans illusions sur les rapports de force : « Nous ne serons jamais un leader sur le livre en anglais, nous le savons très bien ». Pour ces langues, l'approvisionnement passe par des grossistes, le britannique Gardners en tête, rencontré cette semaine sur place.
À noter enfin que le modèle de Lireka repose sur un attelage singulier, puisqu'elle est une société sœur de l'historique librairie grenobloise Arthaud, fondée en 1801. L'ensemble des deux librairies a réalisé 14,4 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2025 et devrait approcher les 17 millions cette année, avec 19 salariés chez Lireka et 27 chez Arthaud.
« On a tendance à opposer les deux modèles. Je pars plutôt du principe qu'ils sont très complémentaires », conclut Marc Bordier : la librairie de centre-ville pour sa clientèle locale et son rôle de lieu culturel, la librairie en ligne pour les lecteurs et lectrices qui sont plus loin.
