Et si, à l'écart de l’agitation parisienne, une étrange affaire se tramait au cœur du cimetière Montparnasse ? C’est le point de départ du Collectionneur du cimetière Montparnasse, premier roman qu’Élisabeth Segard, collaboratrice de Livres Hebdo, publie sous le pseudonyme d’Ernestine Garnier.
Un stylo subtilisé sur le mausolée de Marguerite Duras, la célèbre bouée de Robert Desnos mystérieusement disparue… Les habitants du cimetière comprennent rapidement qu’ils ont affaire à un pilleur. Mais du côté des vivants, personne ne semble prendre leur indignation au sérieux. Lorsque Charles-Michel, le gardien historique des lieux, est contraint de prendre sa retraite, les défunts n’ont plus qu’une solution : mener eux-mêmes l’enquête.
Plongée dans un lieu historique
« Charles-Michel était entré au cimetière Montparnasse comme d’autres entraient au couvent. » Dès les premières pages, Ernestine Garnier dessine ainsi le portrait d’un homme profondément attaché à ce lieu devenu pour lui bien plus qu’un simple lieu de travail. L’annonce de sa retraite vient bouleverser cet équilibre : elle l’éloigne de ce cimetière dont le calme et la familiarité lui sont devenus essentiels.
Car le cimetière imaginé par l’autrice est loin d’être un simple décor : « Son mur formait une barrière entre deux mondes, un grouillement bruyant et triste, et un océan d’arbres et de pierres. » Entre ces deux univers, celui des vivants et celui des morts, Ernestine Garnier installe toute la fantaisie de son roman.
Une enquête unique
Réunis en assemblée générale, les défunts du Montparnasse décident de se mobiliser. Eugène Belgrand, l’inventeur des égouts de Paris, prend les choses en main et lance un appel aux volontaires pour une mission aussi exceptionnelle que périlleuse : revenir parmi les vivants afin de découvrir l’identité du mystérieux collectionneur.
Avec Le Collectionneur du cimetière Montparnasse, Ernestine Garnier transforme un lieu de mémoire en un étonnant terrain d’aventure. Le cimetière devient une petite société, avec ses rivalités, ses personnalités, ses réunions, ses querelles et même son organisation administrative. Les morts y ont leurs habitudes, leurs susceptibilités et, surtout, un certain sens de la solidarité lorsque leur tranquillité est menacée.
Des rencontres hors du commun
Le dispositif permet également à l’autrice de jouer avec la mémoire littéraire et artistique. Faire dialoguer des personnages aussi différents que Robert Desnos, Marguerite Duras, Serge Gainsbourg, Man Ray ou Eugène Belgrand offre au roman un mélange singulier d’histoire, d’art, d’humour et de fiction. Peu à peu, le cimetière Montparnasse acquiert une véritable personnalité : il devient un monde à part, paradoxalement aussi vivant que les rues qui l’entourent.
Car derrière les tombes, les objets volés et cette enquête menée par-delà la mort se dessine une question plus vaste : que reste-t-il de nous lorsque nous avons disparu ?
