Le Petit Nicolas est de retour. L'écolier espiègle imaginé par René Goscinny et Jean-Jacques Sempé reprend le chemin de la cour de récréation. Douze nouvelles histoires paraissent le 8 octobre, écrites par Anne Goscinny et Jean-Philippe Arrou-Vignod et dessinées par Fursy Teyssier.
Trois univers se rejoignent
Pour faire vivre cette nouvelle aventure publiée chez Imav éditions et tirée à 50 000 exemplaires, Anne Goscinny, la fille de René Goscinny, autrice d’une dizaine de romans publiés notamment chez Grasset et de la série Le Monde de Lucrèce (Gallimard Jeunesse), s’est associée à Jean-Philippe Arrou-Vignod.
Illustration Le Petit Nicolas, je reviens !- Photo FURSY TEYSSIERPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Ancien enseignant et éditeur chez Gallimard Jeunesse, ce dernier est l’auteur d’une cinquantaine d’ouvrages, parmi lesquels les Histoires des Jean-Quelque-Chose, souvent rapprochées de l’univers du Petit Nicolas. Anne Goscinny a également coscénarisé le film Le Petit Nicolas en 2022 et reçu, en 2026, le prix de littérature jeunesse de l’Académie française.
À leurs côtés, Fursy Teyssier donne une nouvelle allure à la bande. Diplômé de l’école Émile Cohl, l’artiste est à la fois dessinateur, musicien, réalisateur, auteur graphique et directeur artistique. En pleine promotion, Anne Goscinny a accepté de répondre à nos questions.
« Il fallait trouver notre place entre la fidélité à l’original et notre propre musique »
Livres Hebdo : Le Petit Nicolas est devenu un classique de la littérature jeunesse, cher au cœur de nombreux lecteurs. Qu’est-ce qui vous a donné envie de le faire vivre à nouveau aujourd’hui ? Quel a été l’élément déclencheur ?
Anne Goscinny : J’ai réalisé que c’était le seul personnage qui n’avait pas survécu à mon père. Astérix avait survécu dans la série avec Albert Uderzo, Lucky Luke avec Morris, Iznogoud avec Jean Tabary, mais Le Petit Nicolas, lui, était resté figé en 1964. Je me suis donc dit que, maintenant que je m’étais en quelque sorte fait la main en littérature jeunesse avec Le Monde de Lucrèce (Gallimard Jeunesse), j’étais peut-être capable d’animer ce petit personnage. Ce grand personnage, plutôt.
Relancer une œuvre aussi intimement liée à votre père suppose de trouver un équilibre entre nouveauté et fidélité, qu’est-ce qui restera de l’identité originelle du Petit Nicolas et surtout qu’est-ce qui évoluera ? Vous vouliez aussi impliquer davantage des petites filles ?
Ce qui a changé, et c’est un changement radical et important, c’est que l’école est désormais mixte. Il y a des petites filles et la mère de Nicolas a des velléités d’autonomie, voire d’indépendance : elle ne veut plus être tributaire de son mari pour acheter un rôti, un livre ou des souliers. Quand nous avons commencé à ranimer cette œuvre, ni Jean-Philippe Arrou-Vignod ni moi-même n’imaginions faire vivre un monde où l’école ne serait pas mixte et où la femme serait cantonnée à ce rôle. Cela aurait été vraiment artificiel.
Pour autant, faire évoluer cet univers ne signifiait pas renoncer à ce qui faisait l’identité du Petit Nicolas. Nous avons été très attentifs au champ lexical et avons réalisé un véritable travail d’analyse. Certains mots sont propres à son univers, comme « drôlement », « chouette » ou « terrible ». Du côté des verbes d’énonciation, il y en a essentiellement deux : « dire » et « crier ». Il fallait donc trouver un équilibre entre cette fidélité au champ lexical et l’obsession qui était la mienne de ne pas faire une parodie de l’œuvre.
Avec cette nouvelle aventure, est-ce que l’enjeu est avant tout de fidéliser les lecteurs historiques ou de reconquérir un jeune lectorat qui ne connaît pas encore l’œuvre originale ?
L’enjeu serait que les gens de ma génération, qui ont lu Le Petit Nicolas petits, aient envie d’offrir à leurs enfants ce nouveau Petit Nicolas qui ressemble comme un frère jumeau à l’ancien. J’ai un ami libraire qui m’a fait le plus beau compliment, il m’a dit : « J’ai lu un Petit Nicolas ». Pour nous c’est important qu’il soit intégré dans la série.
Un petit mot pour la fin ?
Ce que je peux vous dire c'est que le temps de l’écriture a été drôlement chouette !
La naissance d'une série emblématique
Le Petit Nicolas naît le 29 mars 1959 dans Sud-Ouest Dimanche. René Goscinny, figure majeure de la bande dessinée, cocréateur d’Astérix et scénariste notamment de Lucky Luke, et Jean-Jacques Sempé avaient déjà tenté l’expérience quelques années plus tôt. Mais c’est en passant de la bande dessinée au récit à la première personne que Nicolas trouve sa forme définitive.
« Il arriva avec un texte dans lequel un enfant Nicolas racontait sa vie, avec ses copains qui avaient tous des noms bizarres : Rufus, Alceste, Maixent, Agnan, Clotaire… Le surveillant général était surnommé Le Bouillon. C’était parti : René avait trouvé la formule », racontera Sempé, qui ajoutera : « Il a tout inventé ».
Prévue pour être unique, cette première histoire devient un feuilleton hebdomadaire qui se poursuivra pendant sept ans. En 1960, Denoël publie le premier volume, dont le succès reste d’abord discret. Le passage des deux auteurs dans l’émission Lecture pour tous contribue ensuite à installer Le Petit Nicolas dans l’imaginaire collectif. Cinq volumes paraissent chez Denoël entre 1960 et 1964.
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