Un an après, rien n'a bougé. Lors de la conférence de presse d'ouverture de la Foire de Francfort, Sebastian Guggolz, auteur et président du Börsenverein des Deutschen Buchhandels, la fédération de la filière du livre en Allemagne, a jugé celle-ci « pratiquement au même point qu'il y a un an » sur la rémunération des œuvres utilisées pour entraîner les modèles d'IA.
La charge de la preuve pèse sur les ayants droit
Le cadre législatif promis l'an dernier par le ministre d'État à la Culture, en coordination avec Bruxelles, n'a pas vu le jour.
Faute d'obligation légale de transparence sur les données d'entraînement, la charge de la preuve pèse sur les ayants droit, contraints de réunir des indices puis d'engager des procédures longues et coûteuses face aux plus puissants groupes mondiaux.
Penguin Random House et Carlsen ont saisi la justice pour des plagiats manifestes ; la majorité des éditeurs européens n'en a pas les moyens, et les jurisprudences attendues se feront encore attendre des années. D'où cette exigence : « Des règles claires, qui s'appliquent sans que quelqu'un ait d'abord à porter plainte ».
Publié au même moment, le « Frankfurter Appell », littéralement l’« Appel de Francfort », largement soutenu par les éditeurs, réclame transparence des données, incitations à la licence et instruments effectifs d'application. Il vise la Commission, le Parlement européen et le gouvernement fédéral. Un panel intitulé « D'abord la plainte, ensuite la régulation » réunira sur la Foire jeudi à 11h30 la présidente de la commission Culture et Éducation du Parlement européen et un représentant du ministère fédéral de la Justice.
Une conjoncture dégradée
Autre front : l'afflux d'ouvrages générés par IA. Sur les guides pratiques et de voyage, ils captent « une part non négligeable du marché », parfois sans relecture humaine, au risque d'induire les acheteurs en erreur. Le tout dans une conjoncture dégradée : ventes en recul, taux d'épargne au plus haut depuis la crise de 2008, pression bureaucratique et pression sur les coûts.
L'IA est cependant vue comme un « puissant accélérateur » pour l'analyse de manuscrits, les métadonnées et la découvrabilité du fonds, clame Juergen Boos, à la tête de sa dernière Foire de Francfort après 21 ans de service. Mais, prévient-il, « elle touche au fondement de l'édition, la propriété intellectuelle ».
Ouvrant le cycle Frankfurt Calling, l'historienne américaine Jill Lepore a placé le débat sur le terrain politique. Selon elle, « le savoir contenu dans les livres du monde a été avalé tout entier par des machines » appartenant à des entreprises. Elle appelle « État artificiel » le projet d'un monde gouverné, et en partie remplacé, par ces machines, et conclut : « Nos pensées, nos mots et nos livres nous appartiennent ».
Un leitmotiv pour cette 78e édition, qui évolue également drastiquement sur la forme, en voulant faire valoir « qu’à Francfort, le livre bouge ». L’organisation déploie 120 événements en 11 lieux d’ici dimanche et décerne pour la première fois, avec l'IPA, un prix des défenseurs de la liberté d'expression.
