La Foire de Francfort ouvre ses portes ce mardi 6 octobre (seulement aux agents, ce que dénoncent fortement la délégation française de directeurs de droits et France Livre). Avant même l’ouverture de la Buchmesse, les Frankfurt Rights Meetings, un cycle de conférences en ligne, ont permis de partager les bonnes pratiques de professionnels de différents marchés, avec une constante pour chacun concernant l’IA : il faut se former avant de s’en emparer.
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Premier enjeu : ne pas exposer la maison et ses auteurs. Chez S. Fischer Verlag, la responsable des droits Elisa Diallo décrit des règles claires et des formations internes, mais une maison « surtout en phase d'expérimentation », sans précipitation.
L'IA lui sert pour l'administratif (contrats, relevés de royalties), pas pour la traduction, et aucun cessionnaire ne lui a encore demandé l'autorisation d'y recourir. Regina Brooks, de Serendipity Literary Agency, résume la posture en déclarant qu’« on ne négocie pas avec ce qu'on refuse de comprendre ».
Cantonner l'IA au back-office, avec des garde-fous
L'agente utilise Storywise (gestion des manuscrits spontanés), Royalty Reader (relevés de royalties) et Colaris (soumissions et paiements). Sa condition : des outils certifiés SOC 2, un standard de sécurité qui atteste qu'un fournisseur gère les données de ses clients avec un niveau élevé de protection et de confidentialité, dont les données restent en environnement fermé et ne sont pas versées dans les grands modèles de langage.
Elle alerte sur le risque de fuite des synopsis, s'appuie sur le comité IA de l'Association of American Literary Agents et prépare des lignes directrices pour ses auteurs, la transparence étant à ses yeux essentielle.
Garder l'humain là où se joue la valeur
Sur la traduction et l'audio, la ligne est nette. Nora Mercurio de la maison littéraire allemande Suhrkamp n'autorise ni traductions ni narrateurs IA tandis que Laura Perciasepe de Summit Books, une marque du groupe Simon & Schuster, assure n'avoir « aucun projet d'audiolivres produits par IA ».
Adam Freudenheim de la maison indépendante britannique Pushkin Press n'acquiert « pas un audio créé avec l'IA, faute de pouvoir le protéger par le droit d'auteur », et n'achète jamais « un livre sans les droits audio en package ».
Regina Brooks nuance : l'IA fait déjà partie du travail des traducteurs, mais ne sait pas encore traiter l'interprétation, le rythme, l'humour, les contextes culturels ni les ambiguïtés.
Prouver l'authenticité en jeunesse
Leonel Teti, du groupe hispano-sudamericain Urano World, affirme que son lectorat est fortement opposé à l'IA : il a dû répéter qu'aucune n'était intervenue, car adolescents et millennials « supposent parfois que même un dessin numérique est généré » par IA.
Sa réponse : publier des vidéos de l'illustrateur réalisant la couverture. Vicki Willden-Lebrecht de la Bright Agency conseille à ses artistes de « ressortir leurs pinceaux », et la Britannique Liz White de la maison indépendante Andersen Press relève la demande d'images « picturales », c’est-à-dire aux coups de pinceau visibles.
Au Vietnam, Quynh Huong de Slowbooks indique que 90 % des illustrations de sa maison sont dessinées à la main. Mais le pays reçoit d'importants financements pour tester l'IA, dont l'enseignement est devenu obligatoire jusque dans les écoles. Elle redoute que des lecteurs copient les couvertures de ses livres dans des outils d'IA pour fabriquer des contenus que la maison ne contrôle pas, même si, souligne-t-elle, « la protection juridique progresse très vite ».
Une législation encore incertaine
L'International Publishers Association (IPA) rappelle que l'entraînement des IA sur des œuvres protégées relève des droits exclusifs : les entreprises doivent obtenir des licences, et la transparence conditionne l'attribution et la rémunération.
Sur 139 procédures engagées, les décisions rendues ne reconnaissent pas le fair use comme défense solide et les jurisprudences peuvent être contradictoires.
Alors qu’en France le Syndicat national de l’édition (SNE) s’est lancé dans une bataille juridique contre Meta et le « moissonnage » avéré d’œuvres pour entraîner ses IA, en Allemagne, le tribunal de Munich a jugé en novembre 2025, dans un litige opposant la GEMA (l’équivalent allemand de la SACEM) à OpenAI, que la mémorisation d'œuvres par un modèle vaut reproduction et que l'exception de fouille de textes ne s'appliquait pas.
De l'autre côté de la Manche, la High Court de Londres a tranché autrement entre l’agence Getty Images et Stability AI. La Cour de Justice de l’Union européenne a été saisie pour la première fois et a tenu une première audience le 10 mars 2026. Elle devra dire si ces exceptions justifient un entraînement non autorisé.
