On ne l'attendait plus. Vendredi 2 octobre, Sandrine Gropp, présidente de l’ADBU, Association des directeurs et personnels de direction des bibliothèques universitaires, est finalement montée sur la scène de l'Opéra Comédie de Montpellier, le bras en écharpe, sous un tonnerre d'applaudissements. « Ce congrès restera forcément dans les mémoires pour son côté atypique » s'est-elle exprimée en clôture du 55e congrès de l'ADBU, faisant référence aux événements climatiques ayant conduit à réorganiser la manifestation en quelques heures.
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« C'est par votre bonne humeur, votre intelligence, et votre plaisir d'être là que nous avons réussi à préserver, malgré les aléas, un congrès qui porte les valeurs de ce qu'est l'ADBU, c'est-à-dire la réflexion et l'intelligence collective, le partage, l'échange, pour pouvoir soutenir l'activité de nos universités, de nos communautés étudiantes et de recherche, pour pouvoir accomplir nos missions de service public en étant bien intégrés dans les politiques de nos établissements et la politique nationale », a-t-elle déclaré après avoir remercié les équipes pour cette prouesse organisationnelle.
Les congressistes de l'ADBU à l'Opéra Comédie de Montpellier, le 2 octobre 2026.- Photo SLPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
« On va dans le mur »
La politique était précisément au cœur de la dernière journée d'échanges, avec une table ronde sur « Les modèles économiques des universités : enjeux, débats et impacts sur les missions des établissements ».
« Beaucoup d'établissements sont en difficulté financière depuis 2021, et ça s'aggrave d'année en année, principalement en raison des charges qui augmentent plus rapidement que les recettes », a rapporté Gilles Roussel, professeur à l’Université Gustave Eiffel et coprésident, avec Jérôme Fournel, des Assises du financement des universités ayant donné lieu, fin juin 2026, à la remise d'un rapport au ministère de l’Action et des comptes publics et à celui de l’Enseignement supérieur et de la recherche. « À partir de 2025, la courbe s'inverse : les dépenses sont plus hautes que les recettes. Même si aujourd'hui, la trésorerie permet aux établissements de vivre, on va dans le mur », a-t-il alerté.
Parmi les recommandations du rapport, figure notamment la diversification du financement, par les appels à projet, les financements des entreprises, l'apprentissage, et les droits étudiants. Augmenter les frais d'inscription serait ainsi un levier pour faire face à ce constat, bien que la subvention pour charge de service public (SCSP) versée par l’État doive rester « la ressource principale » des universités (76 % aujourd'hui). « Les universités ont de plus en plus de mal à boucler une année à l'équilibre », a confirmé Bruno Fabre, directeur général des services de l’Université de Montpellier où la part des ressources propres, à savoir les recettes générées par l'établissement en dehors de la SCSP, atteint 27 %.
Hausse des droits d'inscription en BU
Qui dit hausse des frais d'inscription, dit aussi, potentiellement, hausse des droits de bibliothèques. Une préconisation que soutient également le rapport « La documentation pour la formation et la recherche : étude des coûts », publié en juin dernier. Ces droits passeraient à 40 euros minimum par étudiant, alors même qu'ils sont restés bloqués à 34 euros depuis 2015.
« Les droits d'inscription des étudiants sont revus chaque année en fonction de l'inflation. En toute logique, les droits de bibliothèque devraient augmenter tous les ans, au moins du taux d'inflation », a défendu Carole Letrouit, inspectrice générale au ministère de l'Enseignement supérieur et de la recherche et co-pilote du rapport. « La finalité est d'enrayer la diminution des moyens consacrés aux ressources documentaires puisque depuis 2015, les moyens dont disposent les SCD (services communs de documentation) pour l'acquisition des ressources documentaires ont diminué de 19,5 % », a-t-elle pointé.
Une 56e édition dans le Nord
Au sujet des COMP (Contrat d'Objectifs, de Moyens et de Performance), dont les premiers ont été signés au second semestre entre l'État et les universités pilotes des régions Nouvelle-Aquitaine et Provence-Alpes-Côte d'Azur, Carole Letrouit a regretté que la documentation n'y apparaisse pas. « Ce qui est un vrai problème, car c'est une des missions fondamentales des universités », a-t-elle insisté.
En mot de conclusion, Gilles Roussel a attiré l'attention sur les transformations des métiers, en particulier des bibliothèques, à l'aune de l'essor de l'IA générative. « Cette transformation va avoir un coût supplémentaire. Il faut qu'on se prépare à avoir une réflexion globale sur ce qu'on fait, comment on le fait, ce qu'on arrête ou ce qu'on continue », a-t-il invité.
Une réflexion que les bibliothécaires universitaires auront tout le loisir de poursuivre lors du prochain congrès de l'ADBU qui se déroulera du 29 septembre au 1er octobre 2027, à l'autre bout de la France. C'est en effet Valenciennes (Nord), ville natale du pionnier du cinéma Jean Mineur, qui a été choisie pour la 56e édition de ce grand rassemblement annuel.
« Très loin d'avoir achevé notre odyssée de la science ouverte »
Lors de la matinée politique du 55e congrès de l'ADBU, le vendredi 2 octobre, Marin Dacos, coordinateur national de la science ouverte, a résumé la nouvelle Stratégie de science ouverte (2026 – 2033), une quinzaine de jours après sa présentation officielle par le ministère de l'Enseignement supérieur, de la recherche et de l'espace. Si la science ouverte a progressé depuis le premier plan national de 2018 – 87 % des chercheurs vivent dans un environnement avec une politique de science ouverte contre 4 % seulement en 2016 – « on est très loin d'avoir achevé notre odyssée », a indiqué Marin Bedos. À titre d'exemple, 61 % des publications scientifiques sont en accès ouvert, ce qui représente certes une hausse de 24 points en 8 ans, mais cette croissance a atteint un plateau depuis 4 ans. « Nous avons absolument besoin de vous pour nous aider à continuer à ouvrir la science », a souligné le coordinateur national à l'attention des bibliothécaires.
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