« Fusion à marche forcée service public en danger », pouvait-on lire jeudi 1er octobre sur une banderole déployée devant l'Institut botanique de Montpellier, où le 55e Congrès de l'ADBU s'est délocalisé. La fusion en question est celle de l'Amue (Agence de mutualisation des universités et des établissements d'enseignement supérieur ou de recherche) et de l'Abes (Agence bibliographique de l’enseignement supérieur). Basées à Montpellier (et à Paris pour l'Amue), celles-ci doivent fusionner au sein d'une nouvelle entité, l'Agence de mutualisation pour les bibliothèques, la recherche et l'enseignement supérieur (Ambre) à compter du 1er janvier 2027, comme le prévoit un projet de décret envoyé début juillet 2026 aux personnels des deux agences.
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« Nous demandons un moratoire sur la fusion ainsi que des garanties sur les missions. Nous demandons des moyens humains et des mesures d’urgence concernant les risques psychosociaux, ainsi que des garanties collectives sur les conditions de travail, les emplois, et l’équité dans la convergence des rémunérations des contractuel·le·s et des fonctionnaires », avait notamment réagi l'intersyndicale Abes dans une lettre ouverte adressée, le 20 juillet, à Philippe Baptiste, Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace.
Téléscopage de calendrier
Créée en 1994 pour mettre en œuvre le Sudoc (Système universitaire de documentation), l'Abes emploie 90 personnes, quand l'Amue en compte 180. « On a le sentiment d'être absorbés, j'y vois une perte de mon identité professionnelle », déclare Isabelle Mauger, du service Documentation et Ingénierie Pédagogique de l'Abes, à Livres Hebdo, en marge du Congrès auquel elle assiste par ailleurs. « On entend qu'il puisse y avoir une complémentarité sur le papier mais le diable se cache dans les détails, et dans les détails, c'est beaucoup plus compliqué. Surtout, on manque de temps. Il y a des enjeux sur les missions, sur ce que vont devenir les personnels, des questions pratiques également… Et rien n'est prêt. Le décret de publication n'a toujours pas été publié. Or, on ne construit pas un EPA comme ça. Nous sommes très inquiets », poursuit-elle.
Autre ombre au tableau : la fusion est annoncée alors que se profile un énorme chantier pour l'Abes, le projet Orion. « Nous sommes en train de nous réinformatiser pour la première fois de notre histoire, explique Isabelle Mauger. On emmène avec nous 6 500 catalogueurs répartis dans toute la France, 2 400 bibliothèques sur tout le territoire, 20 millions de notices, c'est énorme. On a signé notre marché, et il doit entrer en production au 1er janvier 2028. »
