Lancé en juin 2022 dans le sillage du Covid, le Paris Book Market (PBM) a plus que doublé de taille en quatre ans. L'édition 2026, qui se tiendra les 4 et 5 juin à la galerie Joseph, dans le IIIe arrondissement parisien, accueillera plus de 330 professionnels étrangers — ils étaient 160 lors de la première édition — sur 180 spots de rendez-vous, contre 85 en 2022.
À un mois de l'événement, plus de 4 500 rendez-vous avaient déjà été enregistrés sur la plateforme, contre 3 750 à la veille de l'édition 2025. « Les éditeurs qui font des acquisitions ont tendance à se dire : les Français, je les vois au Paris Book Market. Ils l'ont intégré dans leur calendrier de rendez-vous », observe Claire Mauguière, responsable du projet chez France Livre.
L'ouverture à la francophonie, un levier de croissance
Depuis 2024, le PBM s'est ouvert aux éditeurs des pays francophones, au-delà de la France. Ils étaient 20 la première année ; ils sont désormais 40 en 2026. Du côté québécois par exemple, la progression est éloquente : la délégation coordonnée par Québec Édition passe de cinq tables en 2024 à huit en 2025 puis 13 en 2026. « Les éditeurs férus en vente de droits ont bien compris que c'était un rendez-vous incontournable », résume à Livres Hebdo Élodie Comtois, présidente de Québec Édition et éditrice chez Écosociété et L'Isatis.
Elle souligne la diversité de la délégation — grands groupes comme Québec-Amérique, Boréal, HMH, mais aussi petits indépendants tels que Dents de Lion, Norois ou Perce-Neige — et y voit « un bel équilibre de taille et de genres ».
Pour la Canadienne, le PBM s'inscrit dans une vision partagée de la francophonie : « France Livre a bien saisi que les éditeurs québécois ne sont pas une menace, mais un ajout qualitatif. Tout le monde est gagnant », se réjouit-elle.
Un premier « Focus Pays-Bas » et une logique de vente de droits inédite
Cette dynamique a également suscité une nouvelle catégorie de participants : près de 40 éditeurs français d'acquisition participent pour la première fois afin de rencontrer, dans un même lieu, l'ensemble des acteurs de l'espace francophone et les éditeurs étrangers vendeurs de droits, dont la présence se révèle être une première dans la jeune histoire du rendez-vous parisien.
Douze maisons d'édition néerlandaises, représentant l'ensemble des segments éditoriaux, prennent en effet part à un « Focus Pays-Bas ». Pour ces éditeurs étrangers, la possibilité de rencontrer plusieurs nationalités en un seul déplacement constitue un argument commercial supplémentaire.
Le PBM repose sur une plateforme de prise de rendez-vous intégrée qui permet à chaque participant de constituer un planning ciblé en amont. « C'est à la fois très business et très simple », résume Claire Mauguière.
La grande majorité des éditeurs étrangers ont découvert l'événement par le bouche-à-oreille. Roland Spahr, éditeur de fiction littéraire chez S. Fischer à Francfort, en est un exemple emblématique : présent dès la première édition dans le cadre d’un fellowship, une invitation à un séjour professionnel, organisé par France Livre, il est depuis un habitué de ce rendez-vous dont il apprécie, comme tous ceux interrogés, la saisonnalité par rapport à la Foire de Francfort. « Cela me donne une perspective très détaillée sur le marché français, des grandes maisons jusqu'aux plus petits indépendants », témoigne-t-il auprès de Livres Hebdo. Il y vient épaulé d'un scout basé en France. Sa maison publie environ deux titres français par an, comme dernièrement les romans de Laetitia Colombani, Édouard Louis, ou encore Nathan Devers, sur une trentaine de titres de fiction.
Un format apprécié pour son efficacité et sa convivialité
Fondatrice il y a 25 ans d'une agence bordelaise spécialisée en jeunesse, Hannele Willig, qui s’est récemment élargie à la BD et au roman illustré adulte, va profiter de la hausse des représentants du secteur de la BD cette année au PBM, liée à l’annulation du Festival d’Angoulême en début d’année.
L’ancienne responsable de droits de Gallimard Jeunesse dans les années 1990 a participé à toutes les éditions du marché des droits parisien. Elle vante la spécificité de son format : « C'est une ambiance plus détendue qu'une foire internationale, ce n'est pas un marathon comme Francfort ou Bologne. Les rendez-vous restent très professionnels et très qualitatifs dans un climat serein », malgré le bruit des salles de l’espace.
Contrairement à Bologne ou Francfort — où elle revoit systématiquement ses partenaires habituels — elle y cible délibérément des éditeurs qu'elle ne voit pas ailleurs. « Mon planning est plein », se réjouit la Bordelaise. Pour ce qui est des retombées économiques tangibles du rendez-vous, elles sont comme toutes les foires difficiles à objectiver.
Un accord récent peut illustrer la réussite de la manifestation pour elle : c’est la cession du best-seller Poisson-Fesse, publié par Les Fourmis rouges et traduit en plus de 18 langues par ailleurs, en gaélique écossais grâce à une rencontre au PBM — « une langue que je n'avais jamais cédée précédemment ». Sa seule réserve tient à la montée en puissance de l'événement : « Le format convivial, ce serait bien qu'on arrive à le garder », confie-t-elle.
Cinq ans après son lancement, France Livre énonce clairement ses priorités : « Consolider cette place et faire en sorte que l'événement soit encore plus visible et mieux connu à l'étranger », selon Claire Mauguière. L'organisation conduit d’ailleurs un suivi via une enquête de satisfaction auprès des participants aux Paris Book Market, rendez-vous honoré par la quasi-totalité de ses adhérents.
Retrouvez demain le prochain article de la série sur le Paris Book Market avec un focus sur le marché éditorial aux Pays-Bas.
