L’écrivain américain John Crowley, figure singulière de la fantasy et de la science-fiction, est mort le 8 août à Conway, dans le Massachusetts, à l’âge de 83 ans. En France, où son œuvre connaît depuis quelques années un important travail de redécouverte et de retraduction mené par les éditions L’Atalante, cette entreprise se poursuivra en 2027 avec la publication de Que des bêtes.
Un auteur singulier
« John Crowley occupe une place à part dans la littérature de l’imaginaire », écrit L’Atalante dans un communiqué. « Son œuvre, peu abondante, complexe et profondément singulière, refuse les codes habituels de la science-fiction et de la fantasy. » Pas de dragons ni de conquêtes spatiales chez Crowley, mais des mondes réels et imaginaires qui s’interpénètrent, des histoires parallèles et des jeux subtils avec le temps, la mémoire et la littérature.
Né le 1er décembre 1942 à Presque Isle, dans le Maine, John Crowley est le fils d’un officier de l’US Army Air Corps. Il étudie à l’université de l’Indiana avant de s’installer à New York, où il travaille comme assistant documentaliste dans le cinéma. Cette activité professionnelle accompagne ses débuts littéraires : il publie son premier roman, The Deep (L’Abîme), en 1975, une œuvre qui mêle déjà science-fiction et fantasy. Suivent Beasts (L’Animal découronné, 1976) et Engine Summer (L’Été-machine, 1979), qui contribuent à l’imposer dans le paysage de la science-fiction américaine.
Le Parlement des fées, œuvre majeure
Mais c’est avec Little, Big, paru en 1981 aux États-Unis, que John Crowley accède à la reconnaissance internationale. La première traduction française paraît en 1994 sous le titre Le Parlement des fées, chez Rivages, dans une traduction de Doug Headline. Le roman est réédité en 2025 par L’Atalante sous le titre Petit, Grand ou Le Parlement des fées, dans une nouvelle traduction de Patrick Couton.
Ce vaste roman de fantasy, qui brouille les frontières entre monde réel et univers féerique, reçoit le World Fantasy Award du meilleur roman et devient l’œuvre la plus célèbre de John Crowley. Il illustre aussi ce qui fera la singularité de son écriture : une littérature de l’imaginaire qui ne cherche pas à s’enfermer dans les conventions du genre.
Couverture de Petit, Grand et Kra de John Crowley édité par l’Atalante- Photo L’ALTALANTEPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Déplacer les frontières entre les genres
Son œuvre se caractérise par une grande liberté formelle et une volonté constante de déplacer les frontières entre les genres. Il publie notamment la tétralogie Ægypt, son roman d’espionnage The Translator, ainsi qu’un roman uchronique consacré à Lord Byron. Son recueil de nouvelles Great Work of Time, paru en 1989 sous le titre La Grande Œuvre du temps, est traduit en français par Monique Lebailly et publié chez Rivages en 1998, avant d’être réédité par L’Atalante en 2026 dans une nouvelle traduction de Patrick Couton.
En 2018, John Crowley a reçu le prix Edgar-Allan-Poe de la meilleure nouvelle, venant consacrer une carrière marquée par une écriture érudite, ambitieuse et profondément singulière.
Une nouvelle vie en français
En France, l’œuvre de John Crowley avait été découverte dès 1981 avec L’Animal découronné, publié chez Robert Laffont dans la collection « Ailleurs et demain », puis ses autres titres, à partir de 1994, chez Rivages.
En 2019, L’Atalante noue des relations avec John Crowley, sous l’impulsion de Patrick Gyger, et entreprend un important travail de redécouverte de son œuvre. La maison publie notamment Kra, qui reçoit en 2021 le Grand Prix de l’Imaginaire et le prix des Imaginales, puis Le Silex et le miroir.
Avec l’accord de l’auteur, L’Atalante entreprend ensuite de retraduire plusieurs de ses œuvres précédentes, confiées à Patrick Couton. Petit, Grand ou Le Parlement des fées paraît ainsi en 2025, suivi de La Grande Œuvre du temps en 2026. En 2027, cette entreprise se poursuivra avec la publication de Que des bêtes.
« Au-delà de la peine que nous ressentons, nous sommes honorés de pouvoir contribuer à faire vivre son œuvre en français », écrit L’Atalante, qui adresse ses pensées « à sa famille, à ses proches et à tous ses lecteurs ».

