Quand on lui annonce qu’il a été sélectionné par la rédaction parmi les cinq bibliothécaires de l’année, Malik Diallo répond par un « Oh c’est gentil ! »
Le plus bisounours des bibliothécaires ? Il faut une forme de générosité pour embrasser ce métier. « On rend service. Il faut avoir le goût de l’humain, du partage », confirme celui qui pourrait, s’il devait se reconvertir, tenir une chambre d’hôtes ou se consacrer à la pâtisserie.
Le trentenaire qui a gardé un visage poupon a grandi à Saint-Michel-Chef-Chef, là où sont fabriqués les fameux biscuits éponymes. À la fin du lycée, c’est décidé : il veut travailler dans les bibliothèques.
Direction une prépa littéraire en région parisienne. Dont il garde un souvenir agréable. Une « bonne ambiance », esquisse cette grosse tête (mais sans jamais d’égocentrisme), main dans la poche, de sa décontraction habituelle.
Défis intellectuels
À la sortie de l’école des Chartes, trop de chemins alléchants. Partir aux archives, dans un musée, en bibliothèque scolaire, universitaire, municipale… ? Il choisit la dernière, « pour desservir la population la plus vaste », justifie celui qui, enfant, voulait être chauffeur de car.
Un choix adossé au statut particulier des bibliothèques territoriales : « L’autorité territoriale est la population. On travaille avec et pour la ville ». Un concept des plus plaisants.
Après avoir été chargé en 2012 de la réorganisation des espaces de lecture publique à la bibliothèque Méjanes (Aix-en-Provence) et dirigé le projet de bibliothèque numérique de référence du Sillon lorrain en enseignant en parallèle l'histoire du livre et les services innovants en bibliothèque à l'Université de Lorraine, il devient en 2020 directeur des bibliothèques de Rennes et de la médiathèque métropolitaine des Champs libres. Là encore un double statut, un casse-tête technique, et on imagine, un défi stimulant.
Innover
Des débats sur l’islam dans la bibliothèque ? Complexe, essentiel pour la vie citoyenne, donc feu vert ! Rien n’est tabou en bibliothèque ? « Ce qui est tabou, je ne peux même pas vous en parler ! », plaisante celui qui ne se ferme jamais à la nouveauté.
« La force des bibliothèques est d’évoluer avec le temps. En voyant les usages et les mésusages, les collègues passent leur temps à inventer des dispositifs, comme mettre le canapé à gauche, modifier la banque d’accueil (ce qui change beaucoup de choses dans le flux de personnes). Ils sont agiles, font de micro-innovations face aux contraintes, c’est un ajustement permanent. »
Réfléchir collectivement
Les collègues, le travail collectif, des mots récurrents lors de l’entretien. Lui, à cet homme discret, son travail consiste à permettre à chaque agent de « déployer ses talents et ses initiatives » au service d’un projet. Et à ce formateur en management des conservateurs de l’Inet, président de l'Association des directrices et directeurs des bibliothèques municipales et groupements intercommunaux des villes de France (ADBGV) depuis 2018, de veiller à dire à ses équipes « où j’en suis dans ma réflexion ; ne pas préparer des choses en douce et tout sortir du chapeau, mais dire ce que j’ai en tête afin que les collègues donnent leurs idées au fur et à mesure, comme un jeu de ping-pong ».
Joueur de badminton, sport où le projectile a la plus forte vitesse d’accélération comme de décélération, il fait aussi du théâtre, de l’écriture de plateau. « Comment avec des gens différents, on arrive à faire ensemble. Quand on sort de scène, on se dit que huit mois avant, on n’aurait pas été capables de le faire. » Ils l’ont fait.
