À Pau, le noir s’extrait des pages. Organisé du 3 au 4 octobre à la médiathèque André Labarrère, où il s’est installé post-Covid, le festival Un Aller-Retour dans le Noir célèbre sa majorité aux côtés des « ombres hispaniques », confirmant son ancrage dans le paysage littéraire, dans son territoire, mais aussi au-delà.
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Malgré quelques contretemps à l’aube de la manifestation, – une arrivée, vendredi, retardée pour la très attendue Susana Fortes ou encore deux rencontres scolaires annulées du fait de la mobilisation lycéenne –, l’enthousiasme a été unanime. Si la fréquentation de la manifestation se tient loin des foules compactes coutumières de Quais du polar, ou encore du festival America de Vincennes organisé le week-end précédent, cette dernière ne cesse toutefois d’augmenter au fil des éditions.
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Cette année, 11 000 visiteurs ont ainsi été recensés par les organisateurs pour un chiffre d’affaires d’un peu plus de 50 000 euros. Quelque 3 300 personnes ont également participé aux rencontres dans les communes voisines.
« Ici, le festival a la dimension qu'il doit avoir »
« Ici, le festival a la dimension qu’il doit avoir », assure Marie-Caroline Aubert, éditrice au sein de la légendaire « Série Noire » de Gallimard, accompagnée cette année de l’Américain Ron Rash et de l’Espagnole Dolores Redondo. Pour cette habituée de la manifestation, qu’elle fréquente depuis sa création, la « volonté de rester sur un nombre d’auteurs limité est presque politique : ça fait marcher la machine à penser et à écrire. »
Un constat partagé par Murielle Couëslan, directrice des éditions Rageot, qui vit sa deuxième édition. « C’est un festival à taille humaine qui favorise des rencontres non pas utilitaristes mais qui nourrissent personnellement », constate celle qui a profité de cette parenthèse privilégiée pour aller visiter les librairies paloises, au premier rang desquelles la librairie Tonnet, l’une des plus anciennes enseignes indépendantes de France, fondée en 1797.
Adossé à la manifestation de longue date, l’établissement, situé sur le trottoir en face de la médiathèque, se partage désormais l’espace, comme les recettes, avec la librairie L’Escampette et la librairie Bachi-Bouzouk !, spécialisée en bande dessinée. Mais aujourd’hui, la manifestation rayonne au-delà de la seule cité paloise, remplissant désormais les bancs des universités voisines, et se déployant dans une dizaine de communes autour, qui associent aussi les librairies locales à l’événement.
Un rendez-vous désormais installé dans l'agenda littéraire
« Le salon est très à l’image de ses organisateurs, notamment Stéphane Laborde et Jean-Christophe Tixier [les deux sont membres fondateurs de l’association et de l’événement présidé aujourd’hui par le premier, ndlr], c’est-à-dire, ouvert et favorisant les synergies entre auteurs et maisons. Mais il est clair que la venue de James Ellroy, il y a deux ans, et de Franck Thilliez l’an passé, l’a propulsé dans une nouvelle dimension », analyse Caroline Ripoll.
Éditrice, chez Albin Michel, d’auteurs comme Bernard Minier ou Nicolas Beuglet, elle est, cette fois, venue accompagner de Jean-Christophe Tixier, passé « de l’autre côté du miroir » comme auteur convié pour son dernier ouvrage, Une employée modèle, prix Claude Chabrol.
Le discours très engagé de la marraine Rosa Montero- Photo OLIVIER DIONPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Avec pour marraine Rosa Montero, romancière espagnole publiée en France chez Métailié et journaliste pour le grand quotidien national El País, le festival a toutefois mis l’accent, cette année, sur la « novela negra iberica ». Un choix lié à la richesse de cette littérature en pleine expansion, qui représente aujourd’hui plus de 20 % du marché du livre en Espagne, mais « qui a aussi une résonance particulière puisque l’Espagne est notre voisine immédiate et fait partie de notre histoire, nombre de familles espagnoles s’étant installées ici », a rappelé Jérôme Marbot, nouveau maire de Pau, lors de l’inauguration du salon, samedi matin.
La littérature noire espagnole à l'honneur
Ce tropisme trouve d’ailleurs un écho très concret dans les pratiques locales. « Les lecteurs, ici, lisent beaucoup de romans en espagnol », affirme ainsi Aline Audran, cogérante de la librairie L’Escampette. Présente pour la première fois, Maÿlis de Lajügie, éditrice chez Buchet-Chastel de la Brésilienne Patrícia Melo, confie, quant à elle, avoir été particulièrement « attirée par l’importance accordée aux auteurs étrangers, avec un public féru de polar, qui donne à mon autrice l’attention qu’elle mérite. »
En coulisses, cette savante combinaison entre ancrage territorial, aura internationale et dialogue intimiste repose sur l’engagement d’une cinquantaine de bénévoles, venus d’un peu partout en France et d’ailleurs. Déjà, ces derniers s’attellent à la préparation de la 20e édition anniversaire de l’événement, dans deux ans. Un cap symbolique que les collectivités, en dépit d’un contexte budgétaire sous tension, ont d’ores et déjà promis de continuer à soutenir, y compris « pour les années à venir »
Le palmarès de la 18ᵉ édition d'Un Aller-Retour dans le Noir
Olivier Dion - Prix Libération pour David Hury (Beyrouth paradise chez Liana Levi) et Oto Oltvanji (Le champ des méduses chez Agullo)
Cette année, le prix Margot, qui récompense un roman policier jeunesse de la rentrée littéraire, a consacré Sarah Barthère pour son ouvrage Les énigmes de Kyoto (Rageot). Pour la deuxième année consécutive de la manifestation, le prix Libération - Un Aller-Retour dans le Noir a distingué, pour sa part, David Hury pour Beyrouth Paradise (Liana Levi), dans la catégorie « auteur français », ainsi que le Serbe Oto Oltvanji pour Le Champ des méduses, paru chez Agullo, qui fête cette année ses 10 ans.
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