Accueil d’un chef cuisinier pour la Fête de la science (Elbeuf-sur-Seine), utilisation d'une patinoire au Canada pour réchauffer sa médiathèque, prêt de livres aux policiers et à leurs détenus… L’Association des bibliothécaires départementaux a présenté ce mardi 22 septembre des coopérations inattendues, pour « éviter l’entre-soi », selon les mots d’Olivier Réant, chargé de mission culture qui a rassemblé trois bibliothécaires partageant leurs expériences.
Planter des arbres le long de la RD606
Premier exemple : lorsque Caroline Briand, du service des routes de la Seine-et-Marne, appelle Valérie Petit, de la médiathèque départementale qui s’apprête à lui dire : « Vous vous êtes trompée de service ! » Mais non. Il s’agit de travailler ensemble sur la plantation d’arbres le long de la route. La bibliothèque mobilise son carnet d’adresses d’auteurs du département pour écrire un livre, organise une déambulation pédagogique et humoristique sur les enjeux autour des arbres, ainsi que la résidence du poète oulipien Jacques Jouet.
Après un séjour d’une semaine dans un hôtel Kyriad le long de la RD606, c’est la révélation : l'auteur conçoit le projet dantesque de planter 54 essences d’arbres sur quatre kilomètres divisés en Enfer, Purgatoire et Paradis. Le département installera des panneaux indiquant ces trois phases poétiques, et les éditions du Sabot rouge éditent Un poème planté, qui fait état des réflexions et esquisses (par Caterina Bento) du projet. Le défi : convaincre, notamment le gestionnaire de la route qui redoute que les automobilistes se garent sauvagement pour cueillir les fruits des arbres du Paradis.
L'expérience est enrichissante à plus d’un titre. Des notes de service, Caroline Briand retient de sa collègue bibliothécaire « une écriture littéraire, une mise en scène des notes plus riches et appétissantes que les nôtres, scientifiques et raides ». Valérie Petit enrichit son vocabulaire. Banquette, seuil, la terre qui foisonne… Et se réjouit de réaliser « une action culturelle qui va durer plus de 200 ans ».
La bibliothèque dans le ring
Cette animation est de celles qui ont contribué à la décision de remettre à la Navette d’Elbeuf le Grand Prix des Bibliothèques de Livres Hebdo 2025 : des lectures dans le club de boxe voisin, entrecoupées de combats et ponctuées par une interview du champion Brice Bassole. Depuis ce jour, il s’est mis à la lecture, et ses enfants aussi ! Et cela a offert l’occasion aux bibliothécaires de balayer d’un revers les clichés sur la profession.
Comme le rappelle la directrice Sophie Cornière : « Nous sommes constamment à la recherche de partenaires et d’idées originales pour ne pas lasser et pour que la médiathèque reste présente dans l’esprit des gens ».
S'approprier collectivement les espaces naturels
Dans la Somme, Conseil départemental a dû détruire des cabanons pour restaurer des espaces naturels sensibles. Pour faire comprendre cette initiative, quoi de mieux que des balades contées, des randonnées littéraires, des rencontres avec des habitants, des pêcheurs, des seniors à la longue mémoire, des touristes, des chercheurs, des professeurs (de SVT, d’arts plastiques…), des documentalistes, des bibliothécaires et des enfants accompagnés par un artiste (Mathias Friman) en résidence pendant trois ans ? Ce qui donnera un album ayant comme personnage la tourbière, mettant en mots la nature.
Ce projet est financé par la direction de l’attractivité du territoire et porté (entre autres) par le bibliothécaire départemental chargé de la transition écologique. L’idée finale, résumée par la directrice de la bibliothèque de la Somme, Sabrina Dumont-Fellow : « Que l’on comprenne le monde qui nous entoure, qu’on puisse le verbaliser. Plus on sait verbaliser nos émotions, plus on est tolérants ».
