Les médiathèques de Calais en avril 2025, celles de Saint-Omer, de la Communauté d’agglomération Mont Saint-Michel-Normandie, ou encore de l’agglomération Meuse Grand Sud en septembre dernier… Les collectivités sont de plus en plus nombreuses à franchir le cap de la gratuité d'inscription en bibliothèque. L'Eurométropole de Strasbourg est la dernière à avoir pris ce tournant : depuis le 1er janvier 2026, l'inscription dans les 34 médiathèques du réseau Pass’relle est totalement gratuite.
Une approche embrassée par sept des dix plus grandes villes de France où l'inscription est gratuite (avec des exceptions pour l'emprunt de CD musicaux et de DVD). Seules Lyon, Toulouse et Montpellier pratiquent l'inscription payante pour les usagers de plus de 18 ans, avec des tarifs annuels pleins allant de 17 euros à 25 euros.
Ce ratio, favorable à la gratuité, témoigne de la dynamique à l'œuvre, à rebours de la tendance observée au début des années 2000, où « le thème de la gratuité n'intéressait plus grand monde » (L’impact de la gratuité sur l’activité et la fréquentation des bibliothèques municipales, Olivier Ploux, Enssib, décembre 2009).
Un mouvement croissant
Si elles gagneraient à être précisées, les statistiques sur la gratuité d'inscription en bibliothèque existent. Paru en janvier 2024, l’Atlas des bibliothèques territoriales françaises rappelle tout d'abord que « l’accès libre aux bâtiments des bibliothèques est de règle pour tous pendant les heures d’ouverture ».
Concernant la gratuité des frais d'inscription, « ce choix engagé est porté en 2021 par 57 % des 8 929 bibliothèques ayant renseigné l’information de gratuité sur un total de 15 500 établissements en France ». Les données utilisées proviennent de l’enquête annuelle du ministère de la Culture auprès des bibliothèques territoriales qui sont donc libres de renseigner, ou non, certaines informations, ce qui biaise quelque peu les résultats.
« Il y a un consensus professionnel sur la gratuité d'inscription depuis très longtemps, cela fait partie de l'ADN de l'ABF qui a été créée en 1906 », assure Xavier Galaup, responsable de la commission « advocacy », ou « plaidoyer » de l'Association des bibliothécaires de France.
« On observe un mouvement, qui s'était amorcé au moment du Covid, avec le passage à la gratuité de plus en plus de réseaux », poursuit-il. « Une grande majorité des bibliothèques en milieu rural, où elles sont souvent tenues par des bénévoles, est gratuite. Beaucoup de bibliothèques de taille moyenne le sont aussi », affirme encore Xavier Galaup, précisant que ce choix n'est pas corrélé « à un bord politique ou à un autre ».
Un service public plus efficient
« Quand la politique culturelle est importante pour un élu, il comprend assez vite que la gratuité favorise l'usage de la bibliothèque et la démocratisation de la lecture », complète Xavier Galaup, défendant la position de l'ABF qui voit dans l'inscription payante une barrière non négligeable à l'entrée des bibliothèques.
À l’inverse, d'après les retours d'expérience collectés par l'association, la gratuité aurait un effet bénéfique sur les inscriptions « avec une hausse de 20 % à 40 % » selon Xavier Galaup – le site de l'ABF est plus prudent et évalue à au moins 5 % l’augmentation du taux de pénétration auprès de la population dans l'année suivant le passage à la gratuité – et un effet très important sur la fréquentation du bâtiment en lui-même.
Moins discriminante et plus lisible, la gratuité rend aussi le service public plus efficient, selon ses promoteurs. « Gérer une régie de recettes induit des dépenses importantes en personnel et en déplacements : temps d’inscription avec l’usager (formulaires, délivrance de reçus), encaissement, tenue des registres à souche du Trésor Public, vérification de la caisse, arrêt mensuel de la régie avec dépôt au moins hebdomadaire du numéraire au Trésor Public et transmission des documents au service compétent de la collectivité », cite l'ABF en exemple.
« En définitive, la gestion des recettes coûte davantage en temps de travail que ce qu’elle rapporte à la collectivité », conclut l'association, rappelant que les ressources tirées des inscriptions restent faibles par rapport au coût d’une bibliothèque en documents, matériels, maintenance des locaux, systèmes informatiques et personnels.
Boom des inscriptions
Mais alors, pourquoi tant de bibliothèques maintiennent-elles une inscription payante ? « Les deux idées les plus répandues sont que ce qui est gratuit n'a pas de valeur et qu'on respecte davantage les documents qu'on emprunte lorsqu'on paye, ce qui ne s'est jamais vérifié », répond Xavier Galaup.
En 2025, le nombre d'inscrits dans les bibliothèques françaises a battu le précédent record de 2003 avec plus de 6,9 millions d'usagers, soit une hausse de 11,4 %. Une augmentation que l'on peut, en partie du moins, attribuer à la gratuité qui gagne du terrain sous l'impulsion des collectivités. À Tours par exemple, le conseil municipal a voté en juillet 2025 la gratuité des bibliothèques municipales pour tous les usagers. Sur les deux mois qui ont suivi (juillet et août 2025) les inscriptions ont bondi de 390 % (avec 828 nouveaux inscrits contre 212 à la même période en 2024).
La gratuité dans les bibliothèques en bref
