S’il ne fallait retenir qu’une seule image du pouvoir de Vanessa Perrée, la nouvelle procureure nationale anticriminalité organisée, ce sont les escarpins rouges qu’elle portait à sa cérémonie d’installation au Tribunal judiciaire de Paris. Le rouge éclatant du Parquet pour écraser la criminalité organisée ?
Un poste créé sur mesure
Après des études de droit à Assas où elle garde en souvenir le professeur de droit civil François Terré montant sur les tables pour déclamer son cours, Vanessa Perrée est passée par le Parquet à Lille, Paris déjà, Fort de France, Aix-en-Provence en alternant avec des postes à la Chancellerie. Elle requiert même contre Nicolas Sarkozy dans l’affaire Bygmalion. En 2022, elle est appelée au cabinet d’Élisabeth Borne comme conseillère Justice avant de prendre, en janvier 2024, la direction générale de l’Agence de gestion et de recouvrement des avoirs saisis et confisqués. Une vie consacrée à la lutte contre la criminalité, comme le juge Falcone, au sujet duquel elle s’apprête à débattre avec Roberto Saviano qui a écrit un roman sur cette figure de renom de la magistrature italienne luttant contre la mafia (Giovanni Falcone, Gallimard, 2025). Son penchant pour le travail en équipe et son goût des défis lui ont fait accepter la difficile mission d’être la première procureure nationale anticriminalité. Un poste créé sur mesure pour lutter contre toutes les formes de la criminalité organisée, du narcotrafic aux filières d'immigration clandestine en passant par le proxénétisme et la traite des êtres humains.
« Déferlement de drogue, corruption, blanchiment d'argent. »
Fallait-il un nouveau régime d’exception ? Les avocats ne le croyaient pas, mais, au contraire, Vanessa Perrée revendique un régime spécial d’enquêtes : « La criminalité dispose de moyens importants, est protéiforme et s'adapte sans cesse, ce qui nécessite des règles spécifiques en termes de techniques spéciales d’enquête, de gardes à vue ou de détentions prolongées, à l'image de ce qui se fait pour le terrorisme. »
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À l’objection de savoir si le narcotrafic ne serait pas une manière de justifier des mesures d'exception, elle répond précisément : « Absolument pas, il s'agit d'une mutation bien réelle. On observe une explosion de la consommation, notamment de cocaïne chez les jeunes, avec des saisies passant de 40 à 87 tonnes en un an. La criminalité s’est endurcie et adopte désormais des méthodes quasi-terroristes, incluant des menaces directes contre les magistrats, les avocats et le personnel pénitentiaire. Sans qualifier la France de « narco-État », il est impératif de se préoccuper du déferlement de drogue, de la corruption et du blanchiment d'argent. »
En l’écoutant, sa détermination, aussi séduisante qu’imposante, ne peut que tenter un avocat de l’affronter dans les prétoires. Elle ne cache pas non plus ses admirations pour des procureurs qui ont marqué la magistrature française comme Rémy Heitz, Jean-Marie Huet et Jean-Claude Marin. C’est d’eux dont elle tire sa statue intérieure : « En tant que magistrate, je suis naturellement garante des libertés individuelles. C'est une démarche qui s'affine avec l'expérience, mais qui repose sur un socle ancré dès le départ : le sens de la justice et du service public. »
« J’ai déjà une idée de ce que serait ma librairie. »
Mais, comme chez tout être humain, il y a une faille chez Vanessa Perrée. Ou plutôt une secrète et folle envie : devenir libraire. Un rêve d’autant plus atteignable qu’une de ses amies a réalisé ce rêve en ouvrant une librairie en région parisienne : « Elle m’a confié que ce changement de vie était formidable. C’est un métier qui fait rêver mais qui demande sans doute beaucoup d’investissement. J’ai déjà une idée de ce que serait ma librairie, la façon dont je classerais les livres, dont elle serait agencée. »
Car le grand bonheur de Vanessa Perrée est de lire. Non pas des essais et des traités de droit, mais des romans de tous les genres tant qu’ils lui permettent de s’évader. C’est d’ailleurs le conseil qu’elle donnerait à un jeune procureur : « Lire pour s'évader, car ce métier est difficile et nécessite de savoir s'en distraire. » Elle ajoute même des conseils de lecture, comme Saint-Germain ou la négociation de Francis Walder (Prix Goncourt en 1958) ou Albert Camus : « Ce qui me touche chez Camus, c'est la justesse de son écriture, son côté nihiliste et son fatalisme. Il est essentiel qu'un jeune magistrat comprenne, grâce à Camus, que la vérité judiciaire n'est pas toujours la vérité absolue ; ce recul est nécessaire pour les magistrats comme pour les avocats. » Sous l’armure, le doute. Le doute de bien faire. Comme une certaine idée de la justice.
Alexandre Duval-Stalla
Olivier Dion - Alexandre Duval-Stalla
Alexandre Duval-Stalla est avocat au barreau de Paris et écrivain. Ancien secrétaire de la Conférence du barreau de Paris (2005) et ancien membre de la commission nationale consultative des droits de l’homme, il est le président fondateur de l’association Lire pour en sortir, qui promeut la réinsertion par la lecture des personnes détenues, et du prix littéraire André Malraux.
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