Danse sur le volcan. Dans le Berlin de 1932, on danse et on s'amuse. « La vie est belle », soupire, satisfait, Folker Kuntz. Brillant employé d'une agence de publicité, il profite de l'existence avec sa sœur, artiste peintre, du compagnon de celle-ci, un musicien noir, et bientôt de sa nouvelle voisine, danseuse dans un cabaret. Si, dans les rues, la misère et le nazisme sont omniprésents, Folker ne s'en préoccupe pas, ne les voit même pas. Mais après avoir sauvé un jeune homme d'une collision avec un chauffard, il va être amené à ouvrir les yeux. Dans ce récit solide et prenant, Pascal Rabaté dépeint la (trop) lente prise de conscience de la catastrophe à venir par une jeunesse insouciante. D'abord expressif et expressionniste, le dessin de l'auteur des Petits ruisseaux (Futuropolis, 2006) tourbillonne pour retranscrire la folie des nuits berlinoises, laissant subtilement filtrer en arrière-plan quelques détails qui évoquent les drames en train de se jouer. Puis, bientôt, le trait se fait plus sombre. Alors que les protagonistes commencent à être personnellement affectés par la violence nazie, l'effroi et l'inquiétude remplacent la joie de vivre sur les visages. Rappelant la série Babylon Berlin ou Vers l'abîme, roman de l'Allemand Erich Kästner écrit sur le vif en 1931 (dont le héros est lui aussi publicitaire et que Pascal Rabaté cite dans un de ses remerciements), L'enfance des ruines est un album saisissant et haletant, aux échos actuels, qui invite à ne pas détourner le regard devant la montée des intolérances de toutes sortes.
L'enfance des ruines
Rue de Sèvres
Tirage: 30 000 ex
Prix: 27 € ; 176 p.
ISBN: 9782810212668
