Voyage en terre inconnue. Linnea Sterte nous avait déjà étonnés, intrigués et séduits avec ses précédents albums, In-humus (éditions de la Cerise, 2018), Une rainette en automne (éditions de la Cerise, 2022, prix révélation au festival d'Angoulême en 2023), et Cat café (Dargaud, 2025). Avec Un jardin de sphères, trois fois nominé aux Eisner Awards 2026, l'autrice suédoise émerveille.
Dans le premier volume de cette incroyable saga mêlant fantasy et science-fiction, on suit les déambulations de la Destructrice, une « divinité mineure », qui découvre son immortalité à l'issue d'un combat avec d'ignobles créatures. Condamnée à ne jamais vieillir, elle erre de cités en royaumes désolés, s'interrogeant sur son identité. Elle découvre des peuples mystérieux, écoute leurs histoires, souvent tragiques. Linnea Sterte prend tout d'abord son temps pour poser et dépeindre un univers fabuleux, tantôt minéral, tantôt luxuriant, où les hommes semblent peu nombreux et perdus dans des paysages grandioses. Suivant les pérégrinations de la Destructrice, on s'immerge complètement dans ces mondes à l'attirante étrangeté. Puis, au fil des pages, le récit se densifie avec l'introduction d'histoires et de personnages secondaires. Bientôt, la Destructrice croise tour à tour le créateur d'un empire, une adolescente immortelle, une jeune fille ailée mariée loin des siens pour qu'on épargne sa cité. Dans les cieux et sur terre, des dragons gracieux ou des créatures grossières et menaçantes vont et viennent. D'autres dieux apparaissent. Alors que le temps défile et se distend, des intrigues se nouent et se dénouent, des amitiés et des amours se tissent, des conflits se trament, des combats, souvent plus évoqués que montrés, ont lieu. Autant de choses qui convergent et aboutiront (peut-être) dans le tome suivant.
Ample et ambitieuse fresque, Un jardin de sphères éblouit par sa réalisation. De somptueuses pages en couleur, à la palette douce et au dessin élégant et organique alternent avec des planches en noir et blanc oniriques, plus dépouillées, au trait plus sec. Linnea Sterte laisse de la place au silence et aux sons de la nature, offre à ses personnages des dialogues poétiques et réduits à l'essentiel.
Quelque part entre Arzach de Mœbius et Nausicaä de la vallée du vent de Miyazaki, ce récit d'une grande créativité se déploie en beauté et en toute liberté, incitant à rêver, à s'échapper sans réserve dans ses aventures oniriques. Une ode audacieuse et bienvenue à l'imagination, qui, contrairement à beaucoup de bandes dessinées aujourd'hui, fait fi de tout message.
Un jardin de sphères
Éditions de la Cerise
Traduit du suédois par Astrid Boitel
Tirage: 8 000 ex.
Prix: 35 € ; 336 p.
ISBN: 9782918596356
