Le cri du cœur. Après s'être brillamment approprié le roman L'été des charognes de Simon Johannin pour dépeindre crûment une adolescence rurale, puis avoir brossé dans Azur asphalte le portrait touchant de ses sœurs (et de toute une France de la galère, invisibilisée), Sylvain Bordesoules propose son album le plus personnel. Dans Nycthémère - qui signifie un cycle de vingt-quatre heures avec un jour et une nuit, et dont la consonance d'insulte ne doit rien au hasard -, il se raconte jeune adulte à Paris, espérant s'inscrire un jour dans une école d'art. En attendant, il bosse dans une épicerie bio (aux clients à mille lieues de son quotidien de pauvreté), vole du mousseux à Franprix, et essaie de supporter son colocataire, fils à papa inscrit aux Beaux-Arts mais qui passe son temps à sortir et picoler...
On retrouve ici ce qui fait la force et la singularité du travail de Sylvain Bordesoules. D'abord, un dessin rageur aux feutres à alcool, un mélange étrange et percutant entre le photoréalisme et le croquis sur le vif. Ensuite, une langue acérée, brodée dans un monologue aux sentences tranchantes et des dialogues féconds. Enfin, et surtout, une vision sans fard des doutes d'un jeune provincial se heurtant au plafond de verre des classes sociales, d'un jeune homo en quête de compréhension et de tendresse, d'un artiste viscéral écrasé par les poseurs et les fausses bienveillances. En trois livres, l'auteur a imposé une œuvre rare et puissante, à nulle autre pareille dans la bande dessinée. Déjà incontournable.
Nycthémère. Arpenter le jour et la nuit
Gallimard bande dessinée
Tirage: 4 500 ex.
Prix: 24,90 € ; 220 p.
ISBN: 9782075223751
