Avec De ma fenêtre, le premier livre du rappeur Karim Zenoud, alias Lacrim, à paraître le 15 octobre chez Hors Cadre, Mathilde Poncet ouvre grand les portes du groupe Leduc (Albin Michel) à la culture rap. « J'ai toujours baigné dans le rap, j'en écoute énormément, explique l'éditrice de 33 ans. C'est un milieu dans lequel j'évolue, notamment par mon entourage. »
Entre le rappeur et l'éditrice, la rencontre se fait par l'intermédiaire de l'une des agentes de cet artiste aux 4,9 millions d'auditeurs mensuels (rien que sur Spotify). « Karim était en recherche du bon éditeur, de quelqu'un qui connaîtrait sa musique et ne le jugerait pas », retrace Mathilde Poncet, dont toute la famille écoute Lacrim. « Il a une plume très intense, très acérée, d'une grande réalité », soutient-elle. Avant Lacrim, elle avait déjà défendu Femmes de rap de Naomi Clément (2023), puis Rap : littérature 2.0 de Juliette Mita (2026). « Les rappeurs manquent beaucoup de légitimité, que ce soit dans l'édition ou dans les médias. Pourtant, le rap est le genre le plus écouté en France et les rappeurs sont avant tout des auteurs : ils ont une plume, des messages, des parcours de vie souvent singuliers », affirme-t-elle.
Bousculer les codes
Une force de conviction que l'on devine être sa marque de fabrique. Diplômée du Master Lettres appliquées aux techniques éditoriales et à la rédaction professionnelle de la Sorbonne-Nouvelle (Paris III), l'éditrice œuvre d'abord comme free-lance, apportant des projets de non-fiction à Solar, First, Albin Michel, ou encore Hachette. « En 2019, j'ai été contactée par Leduc qui avait envie de bousculer les codes, d'aller sur d'autres thématiques, d'autres profils d'auteurs, notamment des influenceurs », raconte Mathilde Poncet. Pari tenu, comme en témoignent les livres qu'elle a programmés au sein des différentes maisons du groupe.
Depuis Dis bonjour sale pute d'Emanouela Todorova (2021) à Pourquoi t'as pas d'enfants ? d'Énora Malagré (2026), en passant par les BD de Noémie Fachan qui revisitent les mythes sous un regard féministe, ou encore Protéger nos enfants de Laura Rapp et Alizé Bernard (2025), son catalogue reflète des engagements, autant qu'une approche centrée sur les personnalités. « Il faut trouver la personne qui a une expertise mais qui sera aussi capable de défendre son titre en salon, en conférence, dans les médias… », détaille-t-elle. Une recette qui a par exemple porté ses fruits pour Addictions de Matthieu Delormeau, vendu à 20 000 copies depuis sa parution en avril dernier.
La force de l'écoute
« Leduc m'offre une vraie liberté éditoriale, mais aussi un accompagnement et un soutien », souligne Mathilde Poncet qui a toujours travaillé en direct avec Karine Bailly de Robien, la directrice générale. « Au fur et à mesure de nos échanges, nous nous sommes portés sur des sujets plus sociétaux, engagés, avec des témoignages qui brisent des tabous, rapporte l'éditrice, devenue responsable éditoriale sur la non-fiction en 2023. C'est une maison qui ne s'interdit rien. » Le 5 novembre, elle publiera deux titres : Lettres à nos fils : transmettre pour construire une masculinité plus juste (traduit par Benjamin Peylet), coordonné par Orly Klein et Stephen Graham, réalisateur britannique de la série à succès Adolescence ; ainsi que Je vous conseille de ne pas le dire, de Yanis Marshall, qui revient sur son parcours de danseur, les violences sexuelles, ou encore sa séropositivité.
À chaque fois, la rencontre avec l'auteur ou l'autrice est déterminante. « Ils et elles livrent beaucoup d'eux-mêmes, c'est donc hyper important d'être à l'écoute », estime Mathilde Poncet. Une attention qu'elle accorde également à ses collègues en tant que référente harcèlement au sein du groupe Leduc. Le 14 septembre, elle suivra une formation avec l'association Safe Place, afin que le lieu de travail devienne un endroit sûr pour accueillir la parole autour des violences intra-familiales et conjugales. Une initiative à l'image de ce que l'éditrice décrit comme le leitmotiv de Leduc : « Si on y croit, on y va. »
