Livres Hebdo : Vous présidez depuis début septembre le comité de soutien au scénario et d’aide à l'écriture du Centre national du cinéma et de l’image animée. Comment est née cette implication et en quoi consiste votre rôle dans ce comité ?
Manuel Carcassonne : Le dispositif était auparavant présidé par Santiago Amigorena. Face au nombre important de projets, le CNC a décidé de nommer deux présidents : je partage cette fonction avec Florence Borelly, qui est en est la vice-présidente.
Le comité de soutien au scénario et d’aide à l'écriture reçoit énormément de demandes, avec des critères établis par le CNC. Des lecteurs sont chargés de lire les projets pour chaque commission et plusieurs membres lisent l’ensemble des scénarios. Avec la vice-présidente, nous arbitrons ensuite les choix des scenarii ou les traitements scénaristiques retenus. La décision finale est prise lors d’un comité dans lequel nous sommes tous réunis pour auditionner les candidats. La reconnaissance du scénariste et de son talent littéraire est cruciale dans le milieu et cette aide joue un rôle important à cet égard.
Quels liens faites-vous entre votre expérience au CNC et votre activité d’éditeur ?
Grâce à mon implication aux CNC, j'analyse la manière dont les auteurs travaillent, ce qui les obsède, les sujets qui les préoccupent. Ce qui m’intéresse, ce sont les thèmes abordés, les points communs entre scénario et manuscrit. Il y a plusieurs années, j’ai participé à la commission d’avance sur recettes et présidé la commission d’aide à la distribution. C’était une responsabilité très lourde, mais passionnante. Cela m’a permis de mieux comprendre le fonctionnement du marché du cinéma et de découvrir des méthodes de travail finalement assez proches de celles que nous connaissons dans l’édition. La relation avec les exploitants, par exemple, rappelle directement celle qui existe entre éditeurs et libraires.
« Il est important de créer des passerelles et de ne pas enfermer les gens dans des cases »
Après avoir notamment publié le comédien et humoriste Panayotis Pascot, vous venez de publier Ta mère et moi du comédien Guillaume de Tonquédec. Ces choix éditoriaux traduisent-ils une volonté de créer des liens entre la littérature et les différents univers artistiques ?
Mon intérêt pour le monde de l’image me pousse à penser qu’il est important de créer des passerelles et de ne pas enfermer les gens dans des cases. Nous venons de publier La part absente de l’actrice Rachida Brakni et c’est un livre qui pourrait tout à fait être adapté au cinéma. Pour autant, ce sont des ouvrages qui ne sont pas toujours faciles à défendre à la rentrée littéraire, car souvent victimes de nombreux préjugés. Pourtant, les acteurs savent écrire, particulièrement lorsqu’ils viennent du théâtre, comme c’est le cas de Guillaume de Tonquédec.
J’avais été frappé, par exemple, par la beauté d’un texte du scénariste cambodgien Rithy Panh. Mon premier contact avec son travail fut la lecture du scénario de son documentaire S21, La Machine de Mort Khmère Rouge que j’ai eu la chance de consulter lors d’une commission du CNC. Je l’avais par la suite contacté pour qu’il fasse des livres avec moi. Chez Grasset, il a notamment travaillé avec Christophe Bataille sur Quartier des fantômes, paru en janvier dernier.
Quel rapport personnel et professionnel entretenez-vous avec le 7ᵉ art ?
Je fais partie d’une génération particulièrement attachée au cinéma. J’ai connu la Cinémathèque et ses projections. En tant qu’éditeur, j’ai publié un certain nombre de livres sur le 7e art comme la biographie de Jean-Luc Godard par Antoine de Baecque chez Grasset. Chez Stock, nous avions également publié Haneke par Haneke de Michel Cieutat et Philippe Rouyer. L’ouvrage sur Godard avait particulièrement bien marché (un peu moins de 7 000 exemplaires vendus) ! Aujourd’hui, si je faisais ce type de livre, on en parlerait sans doute moins. Au CNC, j’avais défendu l’idée selon laquelle il faudrait développer une aide pour la création de livres consacrés au cinéma. C’est chose faite depuis février 2017. Je suis très favorable au CNC. C’est, à mes yeux, un système de redistribution particulièrement intelligent : ce n’est pas l’impôt qui le finance, mais plusieurs taxes notamment sur les tickets de cinéma. Un grand succès américain peut ainsi contribuer au financement d’un plus petit film français. Il existe un système de solidarité entre les succès et les échecs. Être impliqué dans la distribution de ces différentes subventions et observer de près ce système me donne envie de voir se développer une réflexion similaire dans le monde du livre. Le CNL dispose de moyens plus limités et je pense qu’il reste des dispositifs à inventer, notamment en période de crise, pour mieux flécher les aides là où elles sont nécessaires.
