Vingt-deux ans après leur création, Les Petits Matins se dotent d'une collection de poche. Fondée en 2004, la maison a construit un catalogue principalement composé d’essais consacrés aux grands enjeux sociaux et politiques contemporains, de la justice sociale à l’environnement, en passant par le féminisme et l’économie solidaire.
Sous la direction des cofondateurs Marie-Édith Alouf et Olivier Szulzynger, Les Petits Matins entendent également accélérer leur développement, élargir leur catalogue à la littérature et renforcer leur présence dans le débat public.
Une nouvelle collection poche
En septembre, Les Petits Matins ont inauguré leur première collection de poche, avec trois titres proposés entre 9 et 12 euros. L’objectif : rendre les essais plus accessibles et prolonger la vie des ouvrages du catalogue. « Certains de nos titres étaient parfois sur le point d’être épuisés. Nous nous sommes dit qu’il fallait les sortir en poche dans une version actualisée, voire complètement remaniée », explique Marie-Édith Alouf.
Parmi les premiers titres figure Adieu à la croissance, de Jean Gadrey, l’un des succès de la maison, vendu à plus de 10 000 exemplaires. Son tirage en poche se situe entre 1 800 et 2 000 exemplaires. Le Travail pressé, de Corinne Gaudart et Serge Volkoff, ainsi que Trotskisme : histoires secrètes, de Laurent Mauduit et Denis Sieffert, complètent cette première sélection, avec environ 1 200 exemplaires tirés chacun.
Le 15 janvier, la nouvelle collection accueillera Démasculiniser la justice, de Magali Lafourcade, en parallèle de la parution d’un nouvel essai de l’autrice en grand format sur les ingérences étrangères. Pour la fondatrice, le poche constitue un moyen de « toucher un autre public » avec des livres plus abordables.
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Du journalisme à l’édition
Ancienne journaliste à Politis, où elle était responsable des pages culture et médias, Marie-Édith Alouf a fondé Les Petits Matins avec Olivier Szulzynger, scénariste, producteur et éditeur. La fondatrice explique ce changement de métier par l’envie d’approfondir les sujets au-delà du rythme de l’actualité.
Le nom de la maison est inspiré d’un documentaire sur Mai 68 intitulé Grand Soir, petit matin. « Les Petits Matins ne veulent pas faire la révolution, mais nous voulons transformer la société. Le matin est un moment où tout est possible », résume la fondatrice.
Des essais pour nourrir le débat démocratique
La maison explique privilégier des ouvrages rigoureux, capables d’apporter un éclairage singulier sur les débats contemporains. « On voit tout de suite qu’un livre est pour nous », affirme Marie-Édith Alouf. L’enjeu est de proposer des textes utiles avec des angles nouveaux. Le monde du travail, par exemple, est abordé à travers les effets délétères de l’accélération des rythmes, par Corinne Gaudart et Serge Volkoff.
La fondatrice revendique un engagement sans appartenance militante à un parti. « On se plaît à dire que nous ne sommes pas militants, mais engagés pour une société plus juste, plus inclusive, plus solidaire, plus durable », explique-t-elle.
Cette ligne éditoriale laisse aussi une place à la confrontation des idées, y compris sur des sujets clivants comme le nucléaire ou les débats qui traversent les mouvements féministes : « Nous avons envie de donner la parole à différentes tendances au sein du mouvement », souligne-t-elle.
Une maison qui change d’échelle
Les Petits Matins comptent aujourd’hui sept salariés et publient environ vingt titres par an. La maison vise désormais 30 à 35 ouvrages annuels. « C’est pourquoi nous avons étoffé l’équipe. Nous avons longtemps été à quatre », précise Marie-Édith Alouf. Cette nouvelle étape s’accompagne d’un changement de diffuseur-distributeur : après Interforum jusqu’en 2026, la maison travaillera avec Média-Diffusion à partir de 2027.
En parallèle, l’éditeur entend diversifier son catalogue. Après s’être concentré sur les essais, il prévoit de s’ouvrir à la littérature en 2027 et de relancer sa collection de novellisations de séries télévisées, « Les Tigres bleus ». La collection a déjà rencontré un succès notable, avec certaines novellisations vendues jusqu’à 70 000 exemplaires, autour par exemple de l’univers de la série télé « Plus belle la vie », dont Olivier Szulzynger est le scénariste.
Un potentiel que la maison souhaite retrouver en s’adressant à un public plus large. Elle poursuit également ses projets autour de Mondes en transition, consacré à l’économie sociale et solidaire.
2027, une année politique en ligne de mire
À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, Les Petits Matins entendent aussi remettre en avant leurs essais politiques. La maison prévoit une nouvelle édition enrichie de Marine Le Pen présidente, de Hakim El Karoui, Guillaume Hannezo et Thierry Pech. Paru en janvier 2025, l’ouvrage a dépassé les 10 000 exemplaires vendus.
Marie-Édith Alouf le présente comme « une dystopie politique si Marine Le Pen arrivait au pouvoir de 2026 à 2029 », construite à partir de son programme, d’enquêtes et de rapports. La nouvelle édition comportera des chapitres inédits. « C’est un des livres phares de la maison pour s’inscrire dans la campagne électorale », indique la fondatrice. Une manière de prolonger le travail éditorial dans un contexte où les débats politiques occupent une place centrale.
Du poche à la littérature, en passant par les essais politiques et les novellisations, Les Petits Matins cherchent à élargir leur lectorat sans renoncer à leur ligne éditoriale : « Nous voulons raconter comment la société évolue et se transforme, dans un objectif de participer à cette transformation, de ne pas être passif. Nous voulons faire des livres pour semer des graines de changement », conclut Marie-Édith Alouf.
