Dans un communiqué envoyé le 12 octobre, les éditions de l’Antilope ont annoncé leur refus de voir Signora Sarfatti, de Serge Airoldi, figurer dans la présélection du prix Méditerranée 2027 dont la sélection finale sera arrêtée fin mai 2027 avant le dévoilement mi-juin du lauréat.
Fondée en janvier 2016 par Anne-Sophie Dreyfus et Gilles Rozier, la maison justifie sa décision par les liens entre le prix et la mairie de Perpignan, dirigée par le Rassemblement national.
Le catalogue de la maison rassemble des « textes littéraires rendant compte de la richesse et des paradoxes de l’existence juive sur les cinq continents ». Dans une lettre adressée à André Bonet, président du prix Méditerranée, et à Yann Proix, responsable du service des manifestations de la mairie de Perpignan, les éditeurs rappellent leur attachement au « multiculturalisme, [au] cosmopolitisme et [aux] passages de frontières tant physiques que spirituelles et symboliques ».
En conséquence, la maison indique ne pas souhaiter voir le roman figurer dans la sélection du prix, « tant que le prix Méditerranée sera porté par une mairie contrôlée par le Rassemblement national, un parti dont la xénophobie, le rejet de l’autre, la brutalité sont à nos yeux les principaux moteurs ». Tout en précisant que cette décision a été prise en accord avec l’auteur.
Un désaccord sur la méthode
Interrogé sur cette décision, Gilles Rozier, cofondateur de la maison, explique que la sollicitation est d’abord arrivée par l’intermédiaire de leur diffuseur. « On n’a pas réfléchi longtemps : pour nous, il n’était pas question d’accepter », rapporte-t-il à Livres Hebdo.
La maison a alors adressé un courrier à Yann Proix, la sollicitation initiale émanant de la mairie de Perpignan. Selon Gilles Rozier, elle a reçu en retour un courriel indiquant que le refus était pris en compte. Il souligne cependant ne pas avoir obtenu de réponse directe d’André Bonet.
« Une simple proposition »
De son côté, le président du prix rappelle que la proposition adressée à l’Antilope ne constituait pas une sélection définitive. « À ce stade, il s’agissait d’une simple proposition adressée à cette maison d’édition, en vue d’une présélection et non d’une sélection définitive. Elle a choisi de ne pas y donner suite, c’est son droit le plus strict et nous en prenons acte ».
S’il reconnaît à l’éditeur le droit de décliner cette proposition, il conteste en revanche la manière dont la décision a été rendue publique. « Un éditeur peut décliner une invitation sans en faire un communiqué. Transformer un refus en tribune relève davantage de la posture que de la littérature », estime-t-il.
André Bonet défend par ailleurs la vocation du prix, qui entend depuis 43 ans faire rayonner les auteurs et la littérature du bassin méditerranéen dans toute leur diversité. Il renvoie à la liste des lauréats depuis la création de la distinction pour illustrer cette ambition et affirme que le prix poursuivra son travail avec les éditeurs souhaitant y prendre part.
Sollicitée par la rédaction de Livres Hebdo, la mairie de Perpignan n’a pas répondu à nos sollicitations.
