Quatre ans de guerre totale, des bombardements russes quelques jours avant l'ouverture touchant gravement plusieurs musées nationaux, des alertes aériennes répétées pendant les quatre jours du festival. Et pourtant : 27 000 visiteurs, 136 maisons d'édition exposantes, plus de 240 événements programmés. La 14ᵉ édition de l'Arsenal du livre, qui s'est tenue du 28 au 31 mai 2026 au Mystetskyi Arsenal de Kiev, en Ukraine, a constitué cette année un signal fort adressé à l'ensemble de la planète livre.
Des livres pour les soldats au front
Un groupe d'acteurs culturels français y a participé, pour la première fois depuis plusieurs années, et a été surpris par le dynamisme du rendez-vous malgré le contexte. Philippe Robinet, président-directeur général des éditions Calmann-Lévy et président de la Scelf, faisait partie de la délégation de 15 personnalités françaises conduite par Eva Nguyen Binh, présidente de l'Institut français, aux côtés du réalisateur Jacques Audiard, de l'écrivaine Maylis de Kerangal ou encore de Sarah Polacci, commissaire générale du festival Le Livre sur la Place. Ce déplacement s'inscrivait dans la continuité directe du Voyage en Ukraine, la Saison culturelle organisée en France de décembre 2025 à mars 2026, et visait à transformer des échanges lancés en coopérations durables.
Parmi la délégation culturelle française présente à Kiev fin mai 2026, Philippe Robinet, des éditions Calmann-Levy, et Sarah Polacci, du Livre sur la place de Nancy - Photo MYSTETSKYI ARSENALPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
L’éditeur a partagé sa surprise à Livres Hebdo, de ce qu'il qualifie de « normalité anormale » : un salon professionnel avec scénographie soignée, une offre éditoriale dense en langues ukrainiennes et étrangères et, dès l'entrée, un espace choc : « On rentre dans un salon du livre avec une bonne décoration, et le premier stand, ce sont des livres pour les soldats ». En effet, des hommes en treillis militaire y récupéraient des livres achetés sur le salon et destinés à être expédiés sur la ligne de front…
Le chiffre de 27 000 visiteurs partagé par les organisateurs surprend d'autant plus que plusieurs événements ont dû être annulés ou déplacés dans des abris anti-aérien en cours de festival. Dans la presse locale, la directrice générale du Mystetskyi Arsenal, Olesia Ostrovska-Liuta, a salué « cette capacité à vivre et à travailler malgré tout ». Parmi les 230 intervenants figuraient la lauréate du prix Nobel Olga Tokarczuk, le philosophe Slavoj Žižek ou l'écrivain Serhiy Zhadan, aux côtés d'auteurs-soldats à qui la hiérarchie avait accordé des permissions spéciales pour participer au festival.
Vitalité de la traduction
Le volet professionnel n'était pas absent, le marché ukrainien entendant exister sur la scène internationale, y compris en temps de guerre. Le Fellowship Program de l'Arsenal, à sa troisième édition, a accueilli huit éditeurs, agents et responsables de droits étrangers (Allemagne, Italie, Suède, République tchèque, Lituanie, Géorgie, Égypte, Pérou), donnant lieu à 115 rendez-vous B2B impliquant 31 maisons d'édition ukrainiennes et cinq agences.
Pour cette 14e édition, 4e en temps de guerre, 27 000 personnes se sont rendues au Salon du livre de l'Arsenal, à Kiev, fin mai 2026- Photo MYSTETSKYI ARSENALPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
« Quand tu vas là-bas, il n'y a plus de débat : ils sont extrêmement touchés que tu viennes, parce qu'ils ne se sentent pas oubliés par la culture », assure enfin Philippe Robinet, qui retient une « effervescence » de l'édition ukrainienne, portée par des auteurs locaux nombreux et une vitalité de la traduction, dans un pays où la littérature fait désormais partie de l'effort de résistance.
La délégation a également effectué une visite à Boutcha, marquant la continuité d'un programme mémoriel mené entre adolescents ukrainiens et français de Dunkerque. La prochaine édition de l'Arsenal du livre est annoncée du 27 au 30 mai 2027.


