« Ce n'est pas un hasard si la thématique de cette année est Frontières », nous assure tout de go Hélène Fischbach, chargée de la programmation du festival lyonnais Quais du polar depuis sa création. Les frontières n'existent plus vraiment dans le genre, ou deviennent « de plus en plus opaques », dit-elle encore.
La vocation du festival a toujours été l'ouverture vers d'autres types de littérature mais la venue cette année de Sandrine Collette et Olivier Norek, qui sont passés à la blanche, comme Pierre Lemaitre ou Nicolas Mathieu avant eux, montre bien selon elle qu'il devient de plus en plus difficile de « catégoriser le genre », surtout avec des auteurs qui « eux-mêmes se déplacent ».
« C'est très français cette catégorisation du polar, poursuit-elle. Les Anglo-Saxons parlent surtout de thriller, et nous posent toujours la même question : What is polar ? » Impossible de le comparer au Krimi allemand, cette forme très classique d'enquêtes policières, puisque dès que cela sort des codes, ce n'est plus considéré comme un Krimi. Le giallo, peut-être, le polar italien qui tient son nom des anciennes couvertures jaunes ? Quoi qu'il en soit, le polar englobe beaucoup de choses sans être un fourre-tout : « Il y a un sens à tout ça, une forme de littérature du réel, sociale, mais tellement difficile à expliquer aux étrangers. »
Le polar, une expression symptomatique de la culture française ?
On en vient à lui demander si le polar ne serait pas une expression symptomatique de la culture française ? « Sans doute, répond Fischbach. C'est très paradoxal, et donc très français, d'avoir une catégorisation un peu foutraque ! »
La reine mère du grand raout annuel du polar a pourtant conscience du chemin de croix que l'étendue de la catégorie représente pour le classement des libraires, celui des bibliothécaires et même pour les maisons d'édition généralistes, qui doivent trouver le bon rayon, la bonne étagère ou tenir une ligne éditoriale serrée.
Mais ce n'est pas cela qui va arrêter le festival dans sa course depuis 2005. Et cette année, dans une nouvelle hybridation, le polar va d'ailleurs pouvoir converser avec... la poésie.