Les salariés des librairies françaises étaient appelés à débrayer ce 8 septembre, une première à l'échelle nationale pour la profession. Le mouvement, qui défend une hausse des salaires, était porté par la Fédération Commerce et Services de la CGT, rejointe par la branche Métiers du livre de Sud Culture Solidaires.
Un rassemblement s'est tenu devant l'hôtel de Massa au 38, rue du Faubourg Saint-Jacques, dans le XIVe arrondissement de Paris, sur le lieu même des négociations de branche entre le Syndicat de la librairie française et les organisations représentatives. Une trentaine de personnes s'y sont relayées dans la matinée, rejointes par des libraires venus s'informer.
Salaires, convention collective et partage de la valeur
Au cœur des revendications figurent la revalorisation de rémunérations trop faibles et un cadre collectif jugé insuffisant, que la CGT veut aligner sur les droits en vigueur dans d'autres branches. Le syndicat met en avant des mesures adaptées à un secteur très féminisé : « Tout ce qui concerne la parentalité, les problèmes hormonaux féminins, l'endométriose, les congés hormonaux. C'est un salariat majoritairement féminin », détaille auprès de Livres Hebdo Cédrick Hafner, secrétaire fédéral de la CGT Commerce et Services.
Les organisations de salariés entendent aussi élargir le débat au-delà de la seule librairie, en interrogeant la répartition des revenus dans l'ensemble de la chaîne du livre. « Si la librairie est un secteur protégé avec le prix du livre, ce n'est pas le cas des salariés », estime le secrétaire fédéral, qui juge qu'ils ne profitent pas de la valeur créée en amont.
Le Syndicat de la librairie française (SLF), de son côté, invoque une conjoncture dégradée pour expliquer l'étroitesse des marges de négociation. Aux dernières Rencontres nationales de la librairie, Jérémy Robiolle, directeur du développement de Xerfi avait ainsi rappelé qu'après la parenthèse de l’après-Covid, la contraction du marché s’est installée avec une « baisse quasi-systématique des ventes » : en 2025, ces dernières ont reculé de 1,5 % en valeur et de 2,5 % en volume. Le SLF ajoute que de manière plus structurelle, le temps de lecture s'érode.
« Le SLF dit souvent beaucoup de choses, mais rarement avec des démonstrations à l'appui », rétorque Cédrick Hafner, qui conteste l'idée que les salaires seraient en cause dans les difficultés du secteur : « Je ne pense pas que ce soient les charges de personnel qui aient fait fermer les boutiques. »
Un point de départ
La CGT assume une mobilisation encore limitée - et par ailleurs difficile à quantifier à l'échelle nationale -, présentée comme une première étape davantage que comme une démonstration de force. « On ne crie pas au grand soir avec cette mobilisation, reconnaît Cédrick Hafner. « Il s'agissait surtout d'installer un nouveau rapport avec le patronat et d'inciter les libraires à se syndiquer. » Dans cette perspective, la fédération réfléchit à des instances inter-entreprises, départementales ou régionales, pour représenter les salariés des librairies dépourvues de CSE, et n'écarte pas des actions plus fermes à l'avenir : « S'il faut occuper une librairie, on est prêts à le faire. On sait le faire. »
Contacté par Livres Hebdo, le SLF, par la voix de son délégué général Guillaume Husson, a déclaré : « Les négociations étant en cours, il est un peu tôt pour une prise de parole. »
