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RACINES
Raphaël Jerusalmy est issu, du côté paternel, de juifs turcs sépharades, décimés à Auschwitz. Son père a été le seul rescapé. « Très tôt, il m’a fait visiter Paris, se souvient le fils, les expos, les musées, et aussi les brocantes ! Mes parents étaient brocanteurs. » Du côté de sa mère, Eva Leibovici, ce sont des Ashkénazes russes, « tous relieurs ou imprimeurs ». Durant la guerre, elle a fui dans le Gers et a changé son nom en Évelyne Lebeau. Les deux familles étaient arrivées à Paris dans les années trente, et c’est là que les futurs parents se sont rencontrés.
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LIVRES
« Tout ce que j’ai fait tourne autour des livres », explique Jerusalmy. Livres imprimés et reliés avec ses oncles, d’où « un rapport physique, sensuel » avec l’objet. « Comme Gustave, mon héros de Navré, je possède des livres précieux, que je ne lis même pas ! » Livres achetés, compulsivement, jusqu’à posséder une collection immense, à Paris, revendue au moment du départ pour Tsahal. Après, il a reconstitué un stock, jusqu’à ouvrir deux librairies de bibliophilie en Israël, spécialisées en « palestiniana » (ouvrages des débuts du sionisme jusqu’à 1948) et « israeliana » (depuis 1948) revendues depuis. Livres lus, bien sûr, notamment ceux des grands auteurs du XIXe siècle. Puis, dernière étape, les livres écrits par lui. « Par hasard », dit-il.
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ÉCRITURE
« Après l’armée, raconte Raphaël Jerusalmy, j’avais du temps libre. Un jour, je m’installe dans un café bobo de Tel-Aviv, et je me mets à écrire Sauvez Mozart, en trois semaines, pour mon plaisir. Après avoir soumis le manuscrit à une sévère cure de dégraissage, je l’envoie par la poste à une dizaine d’éditeurs français. Dont Actes Sud, le premier à me répondre positivement ». Le roman, paru en 2012, connaît ce qu’on appelle « un succès d’estime ». Mais le pli est pris, l’auteur récidive. Et La confrérie des chasseurs de livres (Actes Sud, 2014), qui envoyait François Villon en Terre Sainte, remporte cette fois un vrai succès : environ 80 000 exemplaires vendus en grand format, suivi d’une reprise en poche en Babel, et de plusieurs traductions. Navré, qui vient de paraître, est le huitième roman de notre ami.
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TSAHAL
« Je suis un aventurier, explique Jerusalmy. L’armée, c’est ma seconde vie, peut-être ma vraie vie ! Je me suis engagé pour le baroud, et j’ai été servi ! » À l’occasion de la première guerre du Liban, il découvre le Proche-Orient et « essaie de comprendre : c’est quoi un Arabe ? C’est important pour négocier, et espionner ». On n’en saura pas plus, si ce n’est qu’il a exercé des responsabilités importantes au sein d’Aman, les services secrets de l’armée israélienne. Aujourd’hui retraité, il est demeuré patriote (même si en désaccord profond avec Netanyahou et ses alliés extrémistes), et « toujours fasciné par l’uniforme et le monde militaire ».
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HUYSMANS
Son nouveau roman baigne dans une atmosphère qui rappelle À rebours, le chef-d’œuvre de Huysmans. « Mais j’ai fait attention de ne pas copier ni parodier le Maître », s’amuse-t-il. Ce qu’il souhaitait surtout, c’est « un décor : le Paris des années 1890, celui des Grands boulevards haussmanniens, de la Tour Eiffel. Toute une atmosphère. » Jeruslamy se dit fasciné par les « périodes charnières de l’histoire », ainsi cette fin du XIXe siècle, « mélange de raffinement et de barbarie ». Romanesque, en somme.
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Navré se situe donc vers 1890. Le héros, si l’on ose dire, Gustave, est une espèce de Des Esseintes, un rentier dilettante qui mène grand train, s’habille avec recherche, possède une collection de cannes exceptionnelle, vit dans un hôtel particulier douillet, où il passe son temps à lire les ouvrages précieux de sa bibliothèque, comme Parallèlement, de Verlaine, dans son édition originale tirée à 600 exemplaires sur vélin. L’autre grand plaisir de sa vie, qui va devenir le principal, tourner à l’obsession et le pousser aux pires extrémités, c’est manger. L’homme est esthète, bibliophile, gastronome et jouisseur. Il a la chance d’avoir à son service Séraphine, une cuisinière d’exception, qui va vite prendre un ascendant certain sur son maître. Lequel ne redoute qu’une chose : qu’elle le quitte. Pour empêcher cela, il est prêt à tout… Raphaël Jerusalmy, avec ce polar parodique, amoral, très noir, dit avoir été inspiré par la problématique de L’autodafé d’Elias Canetti, son « livre de chevet » : jusqu’où peut-on aller pour sauver ce qu’on considère comme la beauté ?
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