Disparition

Disparition de Valère Novarina : P.O.L publiera son dernier livre le 5 mars

Valère Novarina en 2011 - Photo Martin Bureau / AFP

Disparition de Valère Novarina : P.O.L publiera son dernier livre le 5 mars

Le dramaturge, auteur et peintre franco-suisse Valère Novarina est décédé à l'âge de 83 ans. Son dernier livre, Désoubli, paraîtra le 5 mars 2026 aux éditions P.O.L.

Par Sasha Verdonk
avec AFP Créé le 19.01.2026 à 17h57

Valère Novarina s'est éteint vendredi 16 janvier, à l'âge de 83 ans. Le dramaturge, auteur et peintre franco-suisse allait publier un nouveau livre inédit le 5 mars aux éditions P.O.L. Intitulé Désoubli, celui-ci rassemble plusieurs écrits tirés de l'oubli, accompagnés de photographies, de dessins et reproductions. Ce recueil de textes comporte en majorité des exercices d'admiration, littéralement « ce dans quoi on se reconnaît », envers des figures tutélaires qui ont marqué Valère Novarina.

Le poète y parle des « compagnonnages » qui lui ont permis « d'entrer en scène dans le langage ». Parmi eux notamment : Dante, Madame Guyon, Roger Blin, Alain Trutat, Dora de Chevilly mais aussi François Ducret, le menuisier Jean la Grêle, l'artiste Jean-Paul Thibeau et Pierre Caran, directeur de la médiathèque de Thonon. 

Ces figures ont confirmé une vocation, une inspiration déjà opérante chez lui. Les différents textes comporteront des hommages, des manifestes qui témoignent à la fois d'une filiation et du cheminement d'une pensée, d'autres encore, théâtralisées comme La main, proches de l'aphorisme Retouches ou du journal avec Animal pratiquant.

Rien de tel que ces écrits composés en marge des œuvres – la sienne ou celle des autres –, à la manière, explique Valère Novarina, des « entrelacs médiévaux », pour comprendre la mémoire active de son travail. Pour pénétrer « l’atelier volant » du poète, et suivre cette main qui est selon lui « l’organe de la parole ». Qu’importe qu’elle soit celle de l’écrivain, du dramaturge, du peintre, du dessinateur, du photographe, du metteur en scène, du disciple ou du méditant, il s’agit toujours de la main qui offre, délivre, et célèbre la parole.

Le présent volume offre une sorte « d'atelier autobiographique de cette œuvre majeure de la littérature française contemporaine », a déclaré son éditeur, joint par Livres Hebdo. 

Valère Novarina, un dramaturge reconnu 

Avec une cinquantaine de pièces, la plupart éditées chez P.O.L, le théâtre de Valère Novarina est surprenant, provocateur. Franc-tireur se définissant comme « pirate » en dehors de toute structure, il s'intéressait au langage, une passion cultivée très tôt, dans les alpages savoyards où il passait ses vacances, cachant ses « écrits scientifiques » sous les pierres ou les ardoises.

« Il m’a révélé que tous les mots qui existent sont à moi et que je pouvais en faire ce que je voulais. Il m’a révélé que la parole même la plus quotidienne est absolument merveilleuse et fait acte de poésie tout de suite. C’est rare de côtoyer un vrai poète dans cette époque de cuistres », a réagi Wajdi Mouawad, auteur, metteur en scène et directeur du théâtre national de la Colline, samedi 17 janvier sur France Culture.

Né dans la banlieue de Genève, Valère Novarina passe son enfance et son adolescence au bord du lac Léman et dans la montagne. À Paris, il étudie la littérature et la philosophie, rencontre les metteurs en scène Roger Blin et Marcel Maréchal, l'écrivain et philosophe Jean-Noël Vuarnet ; il envisage brièvement de devenir acteur avant de se consacrer à l'écriture.

Une deuxième vocation pour le dessin et la peinture s'épanouit peu à peu, au service des personnages puis des décors des pièces qu'il met en scène lui-même à partir de 1986.

Pour lui, les mots sont « une matière, et surtout un espace, il y a là-dedans de la physique des fluides ». Ses textes explosent les codes du langage, entre poésie et théâtre, inclassables, longs et touffus. Ils figurent au début des années 2010 au programme du baccalauréat littéraire, option théâtre. Il ne comptait plus les spectateurs ou même acteurs qui avouaient ne rien comprendre à ses textes mais semblait ne pas s'en formaliser.

Un théâtre controversé et comique

Lors de la création de L'Atelier volant en 1974, sa première œuvre publiée, des rangées entières de spectateurs quittent la salle. La création du Drame de la vie en 1986 au Festival d'Avignon, qu'il monte lui-même faute d'avoir trouvé un metteur en scène, donne lieu à une « mini-bataille d'Hernani », se souvenait-il. « Les acteurs étaient acclamés par une moitié de la salle et hués par l'autre ».

À un spectateur qui lance : « Ce n'est pas cette scatologie névrotique qui tirera le théâtre de l'ornière ! », le comédien André Marcon rétorque: « Retourne dans ta caravane ! »

Le théâtre de Valère Novarina est drôle aussi. Lui-même est un fan absolu du cirque et des acteurs comiques, Louis de Funès en tête. Il lui a d'ailleurs consacré un texte, intitulé Pour Louis de Funès.

Lauréat de plusieurs prix, dont le grand prix du théâtre de l’Académie française (2007) ou le Grand Prix de Littérature Paul Morand de l’Académie Française (2020), Valère Novarina a été en mars 2017 candidat malheureux à l'Académie française pour le siège vacant du philosophe René Girard.

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