L'écrivain américain James Sallis est mort le mardi 27 janvier à Phoenix, en Arizona. Il avait 81 ans. Figure discrète mais respectée de la littérature américaine, il était aussi bien romancier que poète, traducteur, professeur d'écriture créative ou encore musicien. Une carrière et une vie qu'il aura passées entre l'Arkansas, la Louisiane, Londres, Paris et l'Arizona.
C'est pourtant Drive qui lui aura apporté une reconnaissance plus large. Publié en France chez Rivages en 2006 et traduit du français par Isabelle Maillet, ce roman raconte l'histoire d'un cascadeur automobile qui mène une double vie : le jour, il travaille sur des plateaux de cinéma, la nuit, il met son talent de conducteur au service de braqueurs. L'adaptation cinématographique signée Nicolas Winding Refn en 2011, avec Ryan Gosling dans le rôle principal, a connu un succès critique important et décroché notamment le prix de la mise en scène au Festival de Cannes. L'impact commercial fut néanmoins mesuré : alors que la version originale du livre s'était écoulée à environ 4 400 exemplaires, l'édition de poche sortie en septembre 2011 a dépassé les 14 000 ventes, portée par la sortie du film d'abord aux États-Unis, puis en France, lors de sa sortie le 5 octobre 2011.
Une enfance dans le sud de l'Amérique qui forge sa vision
Né en 1944 dans l'Arkansas, James Sallis grandit dans une famille ouvrière où les livres sont rares. Son enfance dans le sud ségrégationniste, où il lui est interdit de jouer avec des camarades noirs, laisse une empreinte profonde sur sa vision du monde. C'est par la science-fiction qu'il accède à la littérature, un genre qui façonnera sa manière d'aborder le réel, avant que la poésie ne structure son rapport à la langue et l'encourage à la concision.
En 1967, ses nouvelles de science-fiction publiées dans diverses revues lui ouvrent les portes de Londres, où il rejoint le magazine New Worlds aux côtés de l'écrivain Michael Moorcock. Cette rencontre est décisive : Moorcock lui fait découvrir le roman noir américain, les récits de Raymond Chandler, Dashiell Hammett ou Chester Himes. De retour aux États-Unis après ce séjour anglais, il multiplie les petits métiers avant de se lancer dans l'écriture de polars.
Des héros solitaires et cabossés
Son œuvre est constituée des personnages marquants comme Lew Griffin, détective privé afro-américain et professeur de littérature, héros d'une série de six romans dont Le Faucheux (Gallimard, 1998) et Bête à bon dieu (Gallimard, 2005). Ce personnage, inspiré en partie de Chester Himes auquel James Sallis a consacré une biographie de référence en 2002, évolue dans La Nouvelle-Orléans, ville que l'auteur décrit comme « arrachée aux marécages » et « rongée par l'histoire ». Un autre personnage récurrent traverse son œuvre : John Turner, ancien combattant du Vietnam passé par la prison, devenu psychologue puis policier dans le Tennessee. Cette figure apparaît dans trois romans publiés entre 2006 et 2011 chez Gallimard. Ses romans portent une tonalité crépusculaire, nourrie par des influences allant d'Albert Camus à Thomas Pynchon, en passant par les films d'horreur des années 1950 et l'écrivain italien Cesare Pavese.
Traducteur de Raymond Queneau, Yves Bonnefoy, Francis Ponge, Pablo Neruda ou encore Boris Pasternak, James Sallis a publié une trentaine d'ouvrages entre la fin des années 1990 et 2021. Son dernier roman, Sarah Jane, paru chez Rivages en 2021, s'est vendu à plus de 1 500 exemplaires. En 2013, il a reçu le Grand Prix de littérature policière pour Le Tueur se meurt. Ses éditeurs français le décrivent comme « un immense écrivain » dont l'empreinte reste « indélébile par sa force et sa singularité ».
