C'est un pavé parisien de plus dans le jardin touristique de Michelin Editions. La maison du groupe Média Participations, va annoncer ce vendredi l'acquisition des éditions Parigramme, maison indépendante fondée en 1993 par François Besse, spécialisée dans l'édition consacrée à la capitale.
Un marché qui doit se concentrer pour subsister
L'opération répond à une double logique : consolider des parts de marché dans un secteur touristique « chahuté », selon Jean-Baptiste Passé, directeur général des éditions Michelin et miser sur un fonds jugé stratégique.
« Le marché se contractant, il doit se concentrer », résume à Livres Hebdo le dirigeant, qui revendique une politique de croissance externe pour stabiliser le chiffre d'affaires du groupe. À Paris, Michelin cible un lectorat estimé à 24 millions de personnes (parisiens et visiteurs, francophones comme anglophones) selon une lecture éditoriale assumée : « En acquérant un guide physique de Paris, un lecteur achète une petite part de la mythologie de la ville », défend Jean-Baptiste Passé, qui compare chaque ouvrage à « un morceau symbolique d'un pavé de Paris ».
Parigramme garde son identité
Côté ressources humaines, l'intégration se limite à trois des cinq salariés de Parigramme, rejoints par le fondateur François Besse. Les deux marques cohabiteront selon des lignes éditoriales « complètement parallèles » : Michelin conservera ses collections consacrées à la France, à l'Europe et au monde, y compris Paris marginalement, tandis que Parigramme gardera son identité propre.
Objectif de rythme : cinq nouveautés et une dizaine de rééditions par an, contre une demi-douzaine de titres annuels ces dernières années (le catalogue culminait à 30 nouveautés par an dans les années 2010). Michelin vise à terme 15 livres par an. Le catalogue, fort de 375 références selon le communiqué, sera rationalisé « de 10 à 20 % max ».
Rachetée avec Parigramme, la structure Compagnie Parisienne du Livre exploite également la marque Les Beaux Jours, dédiée à l'édition régionaliste (Lyon, Toulouse, Bordeaux, Lille). Cet actif ne sera pas activé en 2027, mais reste « un sujet qu'on regardera dans les prochaines années », précise le dirigeant.
Synergies à l'international
Côté diffusion-distribution, Parigramme quitte Interforum au profit de Média Diffusion et de MDS à compter du 1er janvier 2027, selon le communiqué de presse.
À l'international, Michelin veut activer les synergies avec sa filiale américaine Abrams, éditeur de beaux livres illustrés, en misant sur le public anglophone déjà consommateur de guides parisiens : « On a déjà prévu d'acheter un titre chez Abrams et on espère qu'ils auront envie d'acheter aussi nos publications », indique Jean-Baptiste Passé.
Julien Papelier, directeur général de Média Participations, évoque une opération qui « renforce nos activités touristiques » et permet de « s'appuyer sur une marque reconnue, un catalogue de grande qualité et un ancrage parisien unique », alors que l’irruption de l’Intelligence artificielle bouscule le rayon.
Sur ce point, Jean-Baptiste Passé y voit « une vague énorme qui rebat très structurellement les cartes du livre pratique » en général, potentiellement disruptive pour les guides et livres de cuisine notamment face à des IA génératives capables de produire recettes ou itinéraires personnalisés.
Il dénonce une « spoliation massive » du corpus éditorial existant et déplore l'absence de « solutions souveraines » face aux acteurs américains et chinois. Une inquiétude à relativiser, selon lui, à l'aune de la résistance des cartes papier Michelin face à l'arrivée du GPS. « On est toujours là 25 ans après » l’arrivée de ces machines, note-t-il.
