Désobéir en féministe. Dans cet essai, la chercheuse en études littéraires et féministes Liza Hammar offre une lecture riche et claire, complexe et accessible, sur sa propre expérience du voile et sur les violences dont font l'objet les femmes musulmanes. Elle retrace l'histoire de sa relation avec le hijab et avec l'islam, mais relate aussi l'impact de ses choix sur son quotidien, sur ses liens avec sa famille kabyle et musulmane (qui ne lui a pas donné d'éducation religieuse et dont les membres femmes ne portent pas le voile), les institutions scolaires ou encore les cercles féministes. C'est en 2012, alors qu'elle avait 14 ans et finissait le collège, qu'elle a décidé de porter le voile.
Parmi les obsessions de l'islamophobie qui se déploie dans le monde depuis plus de vingt ans, le voile occupe une place de choix. En France, les débats autour de ce signe d'appartenance religieuse agitent régulièrement les plateaux de télévision, laissant l'occasion d'expliquer pour la énième fois à quel point l'islam serait une idéologie autoritaire entravant, notamment, la liberté des femmes. Bon nombre de femmes se revendiquant du féminisme dénoncent elles aussi le port du voile comme une manifestation du patriarcat.
« Ce qui m'a marquée, quand je suis devenue adolescente, c'est la sexualisation dont j'ai été l'objet. » Dès cet âge, pour elle, porter le voile a été un moyen de ne pas laisser les regards réifier sa personne et la réduire à un corps sexualisé - une expérience qui, selon l'autrice, est partagée par un grand nombre de jeunes femmes à la puberté.
Son affirmation religieuse est donc pour elle intimement liée à son affirmation féministe. Après avoir interrogé le « geste multimillénaire » qu'est celui de se couvrir la tête, elle expose les formes d'exclusion qu'elle a subies lorsqu'elle a commencé à l'adopter : à l'école, où « en plus de devoir le retirer chaque jour, il me vaut des convocations dans le bureau de la proviseure et un harcèlement constant de la part de l'équipe pédagogique », ou au bowling et à la piscine, dont on lui a carrément refusé l'accès. L'autrice se demande donc en quoi ces exclusions et cette marginalisation, cette façon de penser à la place de celles qui portent le voile, sont synonymes de protection et de libération des femmes ; en quoi les priver d'accès à des espaces publics, à des emplois, à des lieux de loisirs leur serait favorable et conduirait à respecter leur liberté.
C'est bien ces contradictions que souligne Liza Hammar, y percevant bien davantage des comportements islamophobes que des combats féministes. Et elle affirme un point de vue inhabituel, éclairant son aspiration profonde à un féminisme qui lui permette de conjuguer sa foi, la justice et la liberté.
Le hijab, leur obsession et nous
Éditions Daronnes
Tirage: 2 000 ex.
Prix: 18 € ; 180 p.
ISBN: 9782492312144
