Le groupe Margot (Les Arènes, l'Iconoclaste, Collection Proche) renforce son indépendance capitalistique, selon un communiqué de presse du groupe de la rue Jacob, à Paris. BSA (Beccaria Sivry et Associées), la holding de contrôle du groupe, a racheté les 49 % du capital détenus par Editis depuis 2020, et noué dans la foulée un partenariat de long terme avec Madrigall, qui entre au capital à hauteur de 37 %.
La répartition s'établit désormais à 63 % pour BSA et 37 % pour Madrigall. Autre conséquence directe de l'opération : à partir du 1er janvier 2028, le groupe Margot sera distribué par la Sodis pour un premier contrat de dix ans, après avoir été distribué par Interforum jusqu'au 31 décembre 2027.
Un choix mûri depuis la disparition de Sophie de Sivry
Officiellement présentée comme une opération « mûrement réfléchie » et menée « en douceur », la manœuvre a en réalité pour point de départ un choc : la disparition de Sophie de Sivry, cofondatrice de l'Iconoclaste, il y a trois ans. « Cela nous a obligés à nous poser des questions de manière très concrète, à nous projeter sur un après » confie à Livres Hebdo son mari Laurent Beccaria, président du groupe Margot et cofondateur des Arènes.
Sophie de Sivry et Laurent Beccaria, en 2017- Photo OLIVIER DIONPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Le sujet a été instruit en famille, avec les auteurs et autrices, les équipes, et l'actionnaire minoritaire Editis avant que ne s'impose une évidence : une transmission familiale suppose une réorganisation du capital. « On voulait pouvoir se projeter dans le long terme avec un partenaire qui pense de la même manière », résume-t-il.
Le choix de Madrigall comme « pôle d'équilibre » n'est pas anodin dans un paysage éditorial français marqué par des recompositions capitalistiques de grande ampleur chez les deux premiers groupes du marché : Hachette, contrôlé par Vivendi, et Editis, propriété du tchèque Daniel Křetínský dont « l’édition ne représente qu’une petite partie de l’activité », argue l’éditeur.
Face à ces bouleversements, le groupe familial de 115 ans dirigé par Antoine Gallimard, qui a déjà noué des accords similaires avec Actes Sud, l'École des loisirs ou Eyrolles, offrait une stabilité actionnariale et une temporalité jugées compatibles avec un projet à dix ou vingt ans.
70 % de l'offre renouvelée en dix ans
Au-delà des seuls équilibres capitalistiques, Laurent Beccaria met en avant un indicateur qui dit beaucoup de l'évolution du groupe : le renouvellement de 70 % des segments sur lesquels travaille l'équipe de Rue Jacob diffusion depuis sa création il y a dix ans. Le groupe a ainsi abandonné les albums de fin d'année et vu ses ventes de livres de méditation (jusqu'à 1,5 million d'exemplaires cumulés) basculer vers les applications, au profit d'une percée de la littérature, du lancement d'une collection de poche (Collection Proche), de la bande dessinée et du secteur jeunesse.
« Il faut que le cadre soit pérenne pour que nous, on puisse évoluer, bouger, s’adapter », insiste le dirigeant, pour qui « ce qui est compliqué pour les équipes, c'est d'inventer dans un univers qui se restructure en permanence ». Une conviction qu'il résume ainsi : « Les pouvoirs du livre sont vraiment infinis », alors que le marché traverse une période délicate de baisse de lecture généralisée et de tensions économiques pour les libraires.
Une transition de 18 mois sans rupture
La bascule vers la Sodis ne se fera qu'en janvier 2028, à l'issue d'une période transitoire de 18 mois chez Interforum. « Nos décisions n'étaient pas liées à des questions d'insatisfaction, elles étaient liées à des questions de stratégie », assure-t-il, saluant au passage la qualité de la relation avec les trois directrices générales successives d'Editis, Michèle Benbunan, Catherine Lucet et Dalila Zein.
Alba, Tessa, Ondine, Laurent et Constance Beccaria lors de la remise du prix des lectrices de Elle 2024- Photo CHARLES MARTINON / ODL / LBPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Le calendrier retenu vise à donner le temps de former les équipes et de « créer du lien » avec la Sodis, que le groupe Margot retrouvera après l’avoir quitté en 2014 au profit d’Hachette Distribution.
Dix-neuvième du dernier classement des éditeurs français Livres Hebdo / Marianna, le groupe Margot, né en 2020 de l’union capitalistique des Arènes, fondées en 1997, et de L’Iconoclaste, créée en 1998, revendique un chiffre d'affaires net éditeur de 24,036 millions euros en 2025 pour 70 salariés, en recul de -3,6 % sur un an, avec un taux de retours inférieur à 15 % et un fonds représentant plus de 40 % de l'activité, pour un capital de départ de 8 000 euros. L'opération, avec Editis, avait permis au groupe de se structurer financièrement, de se doter d'un reporting et de recruter sa directrice générale, Élise Lacaze.
Prochain roman de Jean-Baptiste Andrea en janvier 2027
Le volet transmission, enfin, structure toute l'opération. Trois des quatre filles de Laurent Beccaria sont déjà à l'œuvre : Alba Beccaria et Constance Beccaria, codirectrices de l'Iconoclaste et de la Collection Proche, ont notamment lancé Mathilda Di Matteo (90 000 exemplaires) et porté Olivier Grondeau sur la liste du Goncourt cette année, trois ans après avoir remporté le prestigieux prix avec Veiller sur elle, de Jean-Baptiste Andrea, dont le prochain roman est attendu en janvier.
Laurent Beccaria, président du groupe Margot et cofondateur des Arènes, avec Jean-Baptiste Andrea, auteur chez L'Iconoclaste, lors de la soirée célébrant le prix Goncourt en 2023- Photo OLIVIER DIONPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Ondine Beccaria développe pour sa part le département éducation des Arènes, avec le déploiement de Pourquoi il faut apprendre à lire en maternelle de Céline Alvarez, en tête du parascolaire. Laurent Beccaria, 63 ans, se dit prêt à rester « le temps qu'il faudra », évoquant une transmission pensée comme une montée en puissance progressive plutôt qu'une rupture.



