Le chagrin et la pitié. Ce n'était qu'une fille de peu. Une « demoiselle des PTT », comme on appelait en ce temps-là les préposées aux communications téléphoniques, qui avait 20 ans pendant la guerre. Elle s'appelait Esther Albouy et fut victime à la Libération, dans sa ville natale de Saint-Flour (Cantal), du plus cruel des sorts alors réservés aux femmes : accusée d'avoir collaboré, elle est tondue, emprisonnée et finalement bannie de chez elle. Elle reviendra à Saint-Flour, mais ce ne sera plus que pour mieux s'y cacher et même vivre cloîtrée chez elle, pendant plusieurs décennies, d'abord avec ses parents jusqu'à la mort de ceux-ci, puis avec deux de ses frères. Il faudra attendre 1983, une éternité de honte, pour que le GIGN la « délivre ». L'affaire de « la recluse de Saint-Flour » sera alors sur toutes les lèvres. À cette affaire, à cette femme à la mémoire souillée, l'historien et enseignant Grégoire Kauffmann a déjà consacré un documentaire pour France Télévisions. En voici aujourd'hui la version écrite. Kauffmann, sans jamais se départir de la rigueur de l'historien, y fait montre d'une belle empathie pour sa pauvre « héroïne » ballottée par les vents de l'Histoire. Ses qualités littéraires (déjà remarquées dans ses livres précédents, Hôtel de Bretagne ou L'enlèvement, Flammarion 2019 et 2023) le rapprochent du travail d'un Philippe Jaenada. L'émotion et la vérité y font bon ménage.
La recluse de Saint-Flour
Flammarion
Tirage: 7 000 ex.
Prix: 22 ,90 € ; 320 p.
ISBN: 9782080445148
