L’esprit affûté, les yeux rieurs, le sourire mutin. Le visage de Marion Druart est bien connu des bibliothécaires départementaux, qu’elle représente dans l’association qu’elle préside avec son acolyte Christel Belin, de Haute-Savoie Biblio.
Marion Druart dirige depuis dix ans la bibliothèque départementale (BD) de Loire-Atlantique. Bibliothécaire, elle y pense depuis petite, ou bien bergère. « Mes parents avaient un troupeau de brebis », apprend celle qui a grandi en Ariège.
Son dada : prendre sa « petite voiture » et parcourir le département pour rencontrer des élus locaux, « tenter de les convaincre de mettre des moyens pour leur bibliothèque ». La réception est inégale. « Certains pensent qu’avec Internet, plus besoin de bibliothèque. D’autres sont d’une clairvoyance et d'une vision sur leur commune incroyable. »
Histoire, expositions, informatisation
Elle, se voyait pendant longtemps professeure d’histoire-géo. Surveillante pendant ses études, elle se rend compte que l’Éducation nationale n’était « pas faite » pour elle. « J’avais de bonnes relations avec les enfants, mais la lourdeur de l’administration était invraisemblable ! », lâche-t-elle de sa voix limpide et cash.
Après ses études d’histoire à Rennes et le DUT « Métiers du Livres » à Dijon, elle demeure dans la cité des Ducs pour gérer la documentation et les expositions du Musée de la vie bourguignonne et du Musée d’Art sacré. Puis intègre la bibliothèque municipale, où elle s’adonne aux acquisitions et aux animations. Avant celle de Paris et, au tournant du siècle, de Saint-Ouen. Là, elle participe à l’informatisation des bibliothèques et à la formation professionnelle. Et passe le concours de bibliothécaire.
Direction des affaires culturelles
En 2000, elle devient adjointe du directeur des affaires culturelles (DAC) de cette ville collée à la capitale, et mène en parallèle des études de gestion des institutions culturelles à l’Université Paris IX Dauphine. Devenue directrice en 2004 (de 110 agents pour 7 millions d'euros de budget annuel) elle change d’échelle en 2008, en prenant le même poste à Nanterre, gérant cette fois 170 agents et un budget annuel de 12 millions d'euros.
C’est seulement à l’Institut national des études territoriales, pour devenir conservatrice des bibliothèques, qu’elle découvre l’échelon départemental. « Quand j’étais en Île-de-France, si on m’avait dit que je travaillerais dans un département, j’aurais rigolé, car c’était considéré comme l’échelon de collectivité has been, voué à disparaître. Mais pendant ma formation, j’ai rencontré des collègues bédépistes [de bibliothèques départementales], ai fait un stage en Vendée et ai retrouvé ce qui me plaisait quand j’étais directrice de la culture : l’aménagement du territoire, identifier les zones blanches, voir où il faut faire porter l’effort. Le sentiment d’utilité sociale immédiat. »
Soutenir les bibliothécaires
Elle s’inquiète pour les bibliothécaires obligés de se censurer, d’annuler un débat sur l’égalité femme-homme par exemple. « Ou pour les salariées des petites bibliothèques rurales, souvent à temps partiel, pas bien payées, catégorie C alors qu’elles devraient être en B ou A, et tellement investies qu’elles s’épuisent ».
Mais du positif : la fréquentation des bibliothèques continue de monter. Et 18,6 % des habitants sont inscrits dans leur médiathèque (celles accompagnées par la BD de Loire-Atlantique). « Et les échanges entre collègues s’enrichissent, nous nous partageons des idées concrètes. C’est nourrissant, stimulant », loue celle qui a accueilli cette année les journées d’études de l’Association des bibliothécaires départementaux sur le thème de la coopération, entre bibliothécaires, mais aussi avec des domaines qu’ils défrichent avec créativité.
Sa créativité : se nourrir de spectacles, de livres, d’où elle tire une aisance à s’exprimer. Puisse-t-elle aider à porter la voix des médiathèques.
