C’est contre son gré que l’on écrit son portrait. Car ce n’est pas elle qui mérite les louanges, mais son équipe. Un discours qui n’est pas rare de la part de ceux que l’on appelle « agents » des bibliothèques.
Ce qui anime Ann-Sarah Laroche, directrice des bibliothèques de Bayonne, c’est se mettre au service d’un projet, « comprendre ce que veulent les élus, l'équipe, les habitants ». Le défi de mettre le tout en musique.
Adolescente, celle qui voulait être archéologue participe à des chantiers de fouilles et fait de la médiation dans des musées. Après avoir étudié l’histoire de l’art et la muséologie à la prestigieuse École du Louvre, elle passe, avec une amie, le concours de bibliothécaire « pour s’entraîner ». Et le réussit. Un stage à la Bpi la convainc : elle deviendra bibliothécaire.
Goût pour les déménagements
À Châlons-en-Champagne, l’historienne découvre l’univers des livres anciens, des enluminures, des estampes… Avec en sus un public plus diversifié, « moins élitiste » que dans les musées.
Surtout, elle se prend de passion pour l’art des déménagements. « J’aime les chantiers concrets, compter les mètres linéaires, étudier le nombre de prises, être en prise avec d’autres corps de métiers différents, celui des bâtiments n’étant pas toujours facile », s’amuse celle qui suivra d’autres chantiers, à Toulouse, Montauban ou encore Blagnac.
Ann-Sarah Laroche, lors de l'inauguration de la médiathèque centrale de Bayonne- Photo MATHIEU PRATPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Montages complexes
Jusqu’à Bayonne, où l’équipe a travaillé à la rénovation et extension de la médiathèque centrale de 2 400 m2. Lumineuse et forte de salons où les visiteurs peuvent se donner rendez-vous. En 2029 devrait sortir de terre une médiathèque de quartier, à Sainte-Croix, au sein d’un tiers lieu dédié à l’économie sociale et solidaire avec supermarché coopératif, cuisines partagées et espace labellisé France service. En résonance avec le mémoire qu’Ann-Sarah Laroche a rédigé à l’Enssib pour devenir conservatrice de bibliothèques, sur la mutualisation des médiathèques avec d’autres lieux culturels et sociaux.
Une démarche qui symbolise les mutations de ces établissements en proie à la société. « Les médiathèques se sont réellement ouvertes au monde, qui connaît des difficultés. Crise économique, crise de la psychiatrie… Le métier de bibliothécaire, fait aujourd’hui d’accueil et de médiation, est très exigeant. »
Détecter des signaux forts et faibles
Leur rôle : « Faire le lien, recueillir, savoir détecter les signaux forts ou faibles des nouveaux besoins (comme le besoin de places de travail pour les étudiants ou des travailleurs indépendants)… On est constamment en train de se réajuster, de s’adapter », analyse celle qui « aime les choses en mouvement et une problématique à résoudre ».
Et à chaque construction de médiathèque, elle réfléchit à cette problématique fondamentale : à quoi sert une bibliothèque ? « J’aime l’idée de la porte grande ouverte vers tous les champs de la connaissance, de la culture. C’est un tremplin pour s’inscrire au théâtre national par exemple, si on en a vu, enfant, à la médiathèque. Une bibliothèque ouvre des possibles et déclenche des petites choses dans la tête des gens. On a de plus en plus de propositions du public », se réjouit celle qui était au début centrée sur les collections et animations qui l’emballaient, avant d’écouter avant tout les souhaits des usagers. Avec ses 47 collègues.
Comment voter pour le bibliothécaire de l'année 2026
Dans le cadre du Grand Prix des Bibliothèques, nos lecteurs sont invités à voter d'ici le 10 novembre pour le Bibliothécaire de l'année, l’une des cinq personnalités nommées par la rédaction de Livres Hebdo.
Les bibliothécaires nommés pour 2026 sont :
- Ann-Sarah Laroche, directrice des bibliothèques de Bayonne,
- Jean-Christophe Lacas, directeur du Réseau des Médiathèques Entre Dore et Allier
- Marion Druart, directrice de la médiathèque départementale de Loire-Atlantique
- Malik Diallo, directeur des médiathèques de Rennes
- Nathalie Clot, directrice des relations science, culture, société à Sorbonne Université
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