Avant même sa parution le 4 novembre prochain, City Éditions a cédé dans 20 marchés à l’international les droits du Monde de Noé, roman signé sous pseudonyme par Pierre Antoine, journaliste et écrivain de 48 ans qui a écrit par le passé des textes dans d’autres registres, a appris Livres Hebdo auprès de l’éditeur et de son agence BAM.
Une belle vitrine de l’édition française
L’histoire éditoriale du titre a basculé en quelques jours, lorsque les droits étrangers ont trouvé preneur en à peine quatre semaines et avec seulement un quart du manuscrit disponible.
Alors que le marché international des cessions de droits est jugé atone depuis le printemps hormis pour quelques titres de la rentrée littéraire comme Rochebrune de Sophie Divry (Actes Sud) ou Le Palais de François-Henri Désérable (Gallimard), cet emballement impromptu offre une belle vitrine à l’édition française, deux ans après le fabuleux destin éditorial des Yeux de Mona de Thomas Schlesser (Albin Michel), cédé en 39 langues aujourd’hui et écoulé en France à près de 600 000 exemplaires dont 350 000 en grand format, selon NielsenIQ BookData.
Une histoire de l’humanité, un message de transmission
Le roman de Pierre Antoine suit Noé, adolescent de 17 ans atteint d'un lymphome, entraîné par sa tante, chauffeuse de taxi et ancienne professeure d’histoire, dans une virée nocturne en 35 haltes à travers des lieux emblématiques de Paris (musée de l'Homme, arènes de Lutèce) condensée en un parcours d'histoire de l'humanité.
Le dispositif s'enrichit de personnages secondaires embarqués et débarqués au fil de la course — juriste belge, ethnologue africaine, violoniste de l'Opéra —, puis de la réintégration des parents de Noé, l'un depuis Bordeaux, l'autre depuis Toronto. Un texte hybride, à la croisée de la fiction, du récit de transmission et du roman d'émotion.
Sur le plan commercial, les leviers classiques ont été activés avec dans un premier temps la soumission du texte, sur la base des sept premiers chapitres, à plusieurs éditeurs de poche mis en concurrence. Hélène Fiamma, P-DG de J'ai Lu, a été la première à réagir, « en quelques heures » selon Frédéric Thibaud, fondateur de City Éditions, et a remporté les droits dans une offre préemptive à 6 chiffres.
Puis le mandat d’export a été confié à l'agence BAM, avec laquelle City collabore activement depuis le début de l'année, essentiellement sur des thrillers. Le Monde de Noé dessine déjà le premier grand succès commun des deux structures.
Des enchères à six chiffres sur plusieurs marchés
Car les chiffres avancés par l'agence donnent la mesure du phénomène : 20 pays cédés ou en cours de cession en quatre semaines. En Allemagne, 11 maisons se sont positionnées, la mise aux enchères a nécessité cinq tours et l'avance des éditions DTV est estimée à plusieurs centaines de milliers d’euros, un niveau que la cofondatrice de BAM Marie Lannurien dit « n’avoir pas vu depuis près de dix ans », avec comme référence La Tresse, de Laetitia Colombani (Grasset) qui a été cédé en 27 langues.
La bataille éditoriale se révèle particulièrement disputée sur les principaux marchés : six concurrents étaient positionnés en Italie où Rizzoli s'est imposé, tandis que dix offres sont en cours de traitement en Corée... Plusieurs pays affichent des à-valoir de plusieurs centaines de milliers d'euros.
Aux États-Unis et au Royaume-Uni, les enchères, toujours en cours, se sont enflammées avec là aussi des « big six figure offers » comme disent les anglo-saxons pour parler des offres les plus importantes. Elles ont attiré tous les grands groupes anglo-saxons d’édition et notamment un éditeur de Simon & Schuster, rencontré lors du dernier Paris Book Market (PBM).
Ce rendez-vous parisien de début juin a d’ailleurs servi de « starter » selon Marie Lannurien, qui a évoqué le titre avec seulement le synopsis, le texte des premiers chapitres n’étant disponible qu’une dizaine de jours plus tard. « Le PBM, cela permet de créer de nouveaux contacts avec des éditeurs étrangers qui voyagent peu », assure de son côté son associée Sophie Langlais. BAM a par ailleurs fait traduire quatre chapitres en anglais, un investissement rare en traduction littéraire à ce stade, destiné à ouvrir des marchés moins familiers du français, jusqu'en Mongolie...
Un lancement massif en France
« Cela faisait longtemps que je n'avais pas ressenti une connexion aussi immédiate avec une histoire », résume Míriam Vall Rosinach, éditrice chez Planeta en Espagne. Côté allemand, Barbara Laugwitz, directrice éditoriale chez DTV, insiste sur la dimension universelle du duo narratif. « Ce duo inoubliable est une source d'inspiration sur les liens que l'on peut tisser en dehors de la relation parent-enfant, et sur la transmission », témoigne-t-elle auprès de l'agence.
City Éditions prépare un lancement massif en France avec campagne d'affichage en gares et sur les bus, volet influence sur les réseaux sociaux, achats d'espaces publicitaires, tandis qu'une sortie synergique du deuxième roman de l'auteur est déjà envisagée avec J'ai Lu pour 2027…
